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9 ingénieurs et techniciens chinois ont été tués dans l’explosion d’un bus le 14 juillet au nord du Pakistan. La navette transportait 32 personnes vers le barrage hydroélectrique de Dasu, construit par la compagnie chinoise Gezhouba.

Alors que monte l’inquiétude du retour au pouvoir des Taliban en Afghanistan, Pékin évalue ses stratégies pour protéger la vie de ses ressortissants et ses projets de près de 60 Mds de $ du « corridor pakistanais », en même temps que son engagement en Afghanistan. Parmi les options envisagées, un rapprochement négocié avec les Talibans dans l’esprit des accords de Doha qui initia le retrait des forces américaines.

Le désengagement de Washington risque cependant de favoriser de nouvelles violences entre le gouvernement de Kaboul et les groupes terroristes. Avides de pouvoir et de revanche, ils sont actifs à partir des zones tribales à la fois au Pakistan et en Afghanistan.

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Le 14 juillet dernier, l’explosion au Pakistan d’un bus dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, capitale Peshawar, bordant l’Afghanistan au nord-ouest du pays, a tué 13 personnes. Parmi elles, 9 Chinois, au milieu d’une trentaine d’autres présents dans le bus.

Les victimes étaient des ingénieurs et des agents techniques travaillant à la construction du barrage de Dasu à 240 km au nord-est de Peshawar, un des grands ouvrages d’art des projets d’infrastructure des « Nouvelles routes de la soie » du « Corridor Pakistanais ».

Les pertes comptent parmi les plus sévères jamais enregistrées par la coopération chinoise à l’étranger. Dans la région, les Chinois avaient déjà été directement visés. En novembre 2018, un groupe de terroristes armés de fusils d’assaut et de grenades à main avait sans succès tenté un assaut contre le consulat chinois à Karachi. Deux policiers pakistanais avaient été tués. L’agression avait été revendiquée par l’Armée de Libération du Baloutchistan (Baloch Liberation Army - BLA).

Il y a tout juste trois mois, une voiture suicide avait explosé près de l’hôtel Serena à Quetta, capitale de la province irrédentiste du Baloutchistan. Cinq personnes avaient été tuées et douze autres blessées. L’attentat avait manqué de peu l’ambassadeur de Chine au Pakistan Nong Rong 农融 venu visiter la région et arrivé sur place peu après.

Cette fois l’attaque avait été revendiquée par le surgeon pakistanais des Taliban « Tehreek T-Taliban Pakistan (TTP) », nom d’une nébuleuse de groupes terroristes actifs dans les zones tribales. Son fondateur, le pachtoune Baitullah Mehsud, tué par une attaque de drone américain en 2009, était accusé par Washington d’avoir assassiné Benazir Buttho, le 28 décembre 2007 – ce que le groupe a toujours nié -.

L’arrière-plan sécuritaire du drame, priorité de la partie chinoise très attentive à la protection de ses ressortissants, est marqué par des évolutions peu rassurantes. Alors que le filet protecteur de la présence américaine dans la région a commencé à se réduire, le jour même de l’attentat, on apprenait que les Taliban s’étaient rendus maîtres du poste frontière de Wesh-Chaman sur la frontière avec le Pakistan.

Situé sur la route qui conduit de Quetta à la province de Kandahar, le poste, un des plus importants points de passage emprunté chaque jour par plusieurs dizaines de milliers de personnes, est l’un des symboles emblématiques de la présence américaine. Nœud logistique de l’ISAF et des Américains, il est traversé chaque jour par au moins 60 camions d’approvisionnement, faisant la navette entre la base de Kandahar et le port de Karachi, 700 km au sud.

La saisie du poste de Wesh-Chaman fait suite à la prise d’autres points de passage vers l’Afghanistan, dans les provinces de Herat, Farah et Kunduz. Par les taxes collectées lors des transits, leur contrôle constitue une source de revenus appréciable pour les Taliban. Pendant ce temps, créant une urgence sécuritaire pour Pékin, ces derniers poussent leurs avantages territoriaux dans le sillage du retrait des troupes américaines qui devrait être achevé fin août.

En 2015, QC avait analysé l’arrière-plan économique et stratégique de l’engagement massif de Pékin au Pakistan, dans un environnement alourdi par la menace islamiste. Lire : Le Pakistan, premier souci stratégique de Pékin. Les faces cachées de l’alliance.

Renvoyant directement à la rivalité sino-indienne par la stratégie du contrepoids que le rapprochement de Pékin avec Islamabad oppose à New-Delhi, le contexte était déjà fortement dominé par les préoccupations de sécurité. Six années plus tard, le fond des choses n’a pas changé.

 

En dépit des efforts, la sécurité des Chinois n’est pas assurée.

 

Le 19 juillet le Général Qamar Javed Bajwa, Chef d’État-Major de l’armée de terre pakistanaise s’est efforcé de rassurer l’Ambassadeur de Chine Nong Rong. Après l’attentat, le gouvernement chinois a conseillé à ses ressortissants au Pakistan de rester sur le qui-vive et de limiter leurs déplacements dans le pays au strict nécessaire. Après quoi, il a dépêché à Islamabad une équipe de 15 enquêteurs pour renforcer les investigations officielles de la police pakistanaise.

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Alors qu’au moment de l’attentat, Wang Yi, le MAE, était en visite en Asie Centrale, avec en tête la même préoccupation de sécurité anti-islamiste [1], Pékin qui avait pourtant passé des accords avec l’armée et la police pakistanaises, a de nombreuses raisons de s’inquiéter. Par-dessus tout plane la hantise des métastases terroristes vers la province irrédentiste du Xinjiang, partie de l’Asie Centrale qui, elle-même jouxte l’Afghanistan par le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan sur plus de 1600 km de frontières.

Pourtant, en plus de son impressionnant investissement financier, Pékin n’avait écarté aucune des voies pour assurer la sécurité de sa coopération dont on voit bien qu’elle va très au-delà des objectifs économiques ou commerciaux. Parmi l’éventail des initiatives, il y avait les contacts à la fois avec les Taliban et avec Washington.

Alors que les stratèges chinois continuent de considérer le Pakistan comme un pays semi anarchique contrôlant mal sa sécurité et dont les rapports sulfureux avec les terroristes islamistes menacent ses voisins, Pékin avait signé avec Islamabad un des accords de coopération de sécurité le plus exhaustif jamais envisagé par la Chine.

Le rapprochement avait été arrêté lors de la visite en novembre 2015 à Islamabad du ministre de la défense de l’époque, Fan Changlong (remplacé en 2018 par Wei Fenghe). Lire : Fan Changlong n°1 de l’APL au Pakistan.

Sous le contrôle de l’armée pakistanaise, l’objectif était d’assurer la sécurité des ressortissants et des investissements chinois, dans le « corridor pakistanais » par le truchement d’une force conjointe d’une quinzaine de milliers de paramilitaires.

 

Légitime contrariété chinoise.

L’ampleur considérable des efforts dont Pékin s’estime mal payé en retour, explique l’aigreur impatiente des réactions chinoises après l’attentat. L’agacement est même monté d’un cran quand le Ministre des Affaires étrangères pakistanais Shah Mehmood Qureshi a d’abord imputé l’explosion du bus tombé dans un ravin, à une fuite de gaz.

Faisant part à son homologue du « choc » ressenti par les Chinois, le premier ministre Li Keqiang et Wang Yi, le MAE ont appelé à « rechercher activement les auteurs de l’attentat et à les punir sévèrement. »

Après quoi, entrant dans le vif des préoccupations chinoises qui n’ont jamais varié, Wang Yi a pressé les Pakistanais de tirer les leçons de l’attentat et de mieux assurer la sécurité des projets chinois. Peu après, Zhao Lijian, le porte-parole du Waijiaobu annonçait la création au Pakistan d’un groupe de travail et d’enquête.

Alors qu’une recrudescence d’attentats depuis juin complique la tâche d’Imran Khan, le Premier ministre pakistanais qui tente de rassurer Pékin, les premières réactions de l’entreprise chinoise de construction du barrage traduisaient un désarroi. Et peut-être la volonté de Pékin de faire pression sur les autorités pakistanaises pour les inciter à améliorer la protection de ses ressortissants.

Après avoir d’abord déclaré qu’il suspendait la construction et allait licencier la main d’œuvre pakistanaise du projet conclu en 2020 pour une valeur de 1,5 Mds de $, le 18 juillet, le groupe public Gezhouba, fondé en 1970, a fait volte-face et annoncé qu’il poursuivrait ses travaux.

Lire aussi : Quel rôle pour la Chine en Afghanistan ?, où l’on voit qu’en 2010, la Chine réclamait le départ de l’OTAN dont aujourd’hui tout indique qu’elle aurait préféré qu’elle reste.

 

L’athéisme pragmatique du Parti et les radicalismes religieux.

 

Près de trente années après le retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan qui jouxte l’ancienne Asie Centrale Soviétique au sud, et précédant les derniers pourparlers de Doha du 18 juillet 2021 entre Kaboul et les Taliban, Moscou organise depuis 2018, par solidarité sino-russe et pour rester dans le grand jeu de l’Asie centrale et du sud, des pourparlers inter-afghans.

Les pourparlers de paix en gestation depuis trois ans, présidés par Sergei Lavrov ont été lancés le 18 mars 2021 à Moscou, en présence des parties afghanes, de la Chine, des États-Unis, du Pakistan et d’un représentant de la Turquie. En référence aux accords de Doha, le Qatar était invité d’honneur. Deux autres réunions de ce format sont prévues. Les Taliban étaient conduits par le Mullah Abdul Ghani Baradar, leur principal chef politique photographié ici (3e à partir de la gauche), le 28 mai 2019, à Moscou lors d’une précédente réunion inter-afghane.

En dépit de la vaste mobilisation internationale, il reste qu’à l’étage inférieur, mais crucial des négociations inter-afghanes, les résultats sont maigres. Lors d’une nouvelle séquence du cycle de Doha tenue au Qatar le 18 juillet, le chef du Haut conseil pour la réconciliation Abdullah Abdullah et le Mullah Abdul Ghani Baradar se sont, selon le médiateur Qatari cité par France 24, « à peine mis d’accord pour tenter d’éviter les victimes civiles, bien loin du cessez-le feu espéré ».

La rencontre a eu lieu en pleine offensive des Taliban qui contrôlent d’importantes parties des campagnes afghanes. Faisant pression sur les États-Unis pour qu’ils respectent les échéances de leur retrait militaire d’ici fin août, ils promettent aussi à la satisfaction de Pékin de ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures des voisins. « Nous voulons de bonnes et fortes relations diplomatiques, économiques et politiques (…) avec tous les pays du monde, dont les États-Unis » et « nous assurons totalement les pays voisins, de la région et du monde, que l’Afghanistan ne permettra à personne de menacer la sécurité d’aucun autre pays depuis son sol ».

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Dans une analyse de Foreign Policy du 16 juillet, Ma Haiyun et Jennifer Chang réfutent l’idée selon laquelle la Chine tirerait profit du départ des Américains.

Depuis la fin mai, l’Ambassade de Chine à Kaboul et le MAE à Pékin incitent leurs ressortissants à quitter l’Afghanistan. En même temps à l’ONU, Zhang Jun l’ambassadeur de Chine, dénonce le soudain départ de l’Amérique. La vigueur des critiques contre le retrait révèle que la présence militaire américaine était l’assurance de sécurité des intérêts chinois dans la zone.

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Pris au pied de la lettre, l’arrière-plan des accords antérieurs entre les Taliban et Pékin, conformes aux accords de Doha du 29 février 2020 entre Washington et les Taliban [2], est de nature à nuancer les craintes chinoises de métastases terroristes vers le Xinjiang.

Alors qu’ils contrôlent à nouveau le nord de l’Afghanistan et les approches sud de la Chine, les Taliban ont promis à Pékin d’assurer la sécurité des investisseurs chinois en Afghanistan et de ne pas interférer dans les affaires intérieures chinoises.

Mais le modus-vivendi chinois avec les rebelles télescope l’actuelle coopération de Pékin avec le gouvernement régulier de Kaboul dont l’essentiel s’articule à l’anti-terrorisme. Le partenariat est assorti d’une aide financière et militaire pour la formation de brigades de montagne et de patrouilles frontalières.

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Il reste que, côté chinois, la méfiance demeure. Rien ne dit en effet qu’une fois au pouvoir les Taliban agiront efficacement contre la nébuleuse terroriste, notamment celle à l’œuvre au Baloutchistan arrière pays du port de Gwadar, fief chinois ouvrant sur le golfe d’Oman. De même, une pression des Taliban contre la mouvance terroriste ouïghour risquerait de provoquer des réactions en chaîne dans les réseaux complexes des organisations armées qui les soutiennent.

Pékin le sait, le pire scénario d’un conflit ouvert avec ces groupes satellites des Taliban, provoqué par des excès de zèle sécuritaire au profit de la Chine, serait une fracture radicale poussant les plus extrémistes vers l’ISKP (Islamic State Khorasan Province).

Mouvance ultra-radicale liée à l’État Islamique qui recrute parmi les Salafistes Taliban basés au Pakistan et en Afghanistan, l’ISKP reste après les accords de Doha, l’une des organisations terroristes se réclamant de l’action extrémiste du Djihad armé.

Née en 2014 au Sud et à l’Est de l’Afghanistan sous l’égide d’ex- combattants Taliban, le groupe, immédiatement ciblé à sa création par le gouvernement afghan et la coalition a cependant montré une forte capacité de résilience, en dépit de sévères pertes supérieures à 10 000 hommes, parmi lesquels cinq de ses dirigeants.

Avec des effectifs estimés à plusieurs milliers de combattants aguerris, l’ISKP opère désormais dans l’est et le nord de l’Afghanistan, ainsi que dans les provinces pakistanaises de Khyber Pakhtunkhwa où eut lieu l’attaque contre le bus objet de cette analyse et au Baloutchistan, arrière pays du port de Gwadar contrôlé par la Chine que Pékin voudrait sécuriser.

En même temps, l’accord de Doha entériné par la présence d’une trentaine de délégations étrangères entendait exercer une pression sur les Taliban en promettant de soutenir les institutions afghanes « une manière d’inviter les Taliban à ne pas créer victoire trop tôt ».

Au cœur des arrangements (cf la note n°2), répondant à un des principaux soucis de Pékin, les Taliban s’engageaient à « n’autoriser aucun individu ni aucune entité à utiliser le sol afghan contre d’autres pays, notamment au Pakistan, en Chine ou en Asie Centrale. »

 

Quelles perspectives ?

 

A gauche, l’un des négociateurs Taliban Suhail Shaheen à une conférence de presse à Moscou le 19 juillet après le lancement des pourparlers de paix. Son message : « la Chine est un pays ami et nous l’accueillons volontiers pour la reconstruction et le développement du pays », résonne positivement aux oreilles
de la Chine dont la défiance n’a cependant pas totalement disparu.

 

Pour l’instant, espérant que la mouvance radicale ne prendra pas ombrage de la mise au pas politique des Musulmans Ouïghour ciblés pour leurs pratiques religieuses, Pékin se concentre officiellement sur ses projets de développement de l’Afghanistan dans la foulée du désengagement américain. En jeu, les ressources de charbon, de cobalt, de gaz, de pétrole, d’or, de lithium et de mercure dont les compagnies publiques chinoises ont déjà commencé l’exploitation.

Connaissant les soucis chinois, Suhail Shaheen a rajouté qu’une fois au pouvoir, les Taliban n’interviendront pas au Xinjiang et assureront la sécurité des Chinois en Afghanistan. Le message est coordonné et bien huilé.

Début juillet, depuis le Qatar, un officiel de la délégation Taliban, relativisant la question du Xinjiang, déclarait : « Nous nous soucions de l’oppression des musulmans, que ce soit en Palestine, au Myanmar ou en Chine, et nous nous soucions de l’oppression des non-musulmans partout dans le monde. »

« Mais ce que nous n’allons pas faire, c’est nous ingérer dans les affaires intérieures de la Chine. S’il y a des problèmes avec les musulmans, bien sûr, nous parlerons avec le gouvernement chinois. »

Les analystes chinois veulent y croire. Pour Li Wei chercheur à l’Institut chinois de Relations internationales contemporaines, 中国 现代 国际 关系 研究院 (CCIR), « Les talibans croient qu’ils peuvent triompher et ils veulent donc établir des relations plus amicales avec leurs voisins » (…), « Ils ne veulent pas non plus que l’Afghanistan devienne un terreau fertile pour le terrorisme international. »

Mais selon le WSJ, tout le monde n’est pas d’accord avec des évaluations aussi optimistes. Rohan Gunaratna, expert en terrorisme international à l’Université technologique de Nanyang à Singapour, souligne que les talibans qui, à l’origine, étaient un mouvement terroriste, recommenceront à soutenir les militants ouïghours, surtout que nombre d’entre eux partis en Syrie, cherchent à retourner en Afghanistan. » (…) « Avec le retrait des troupes américaines, les talibans dont l’idéologie religieuse radicale n’a pas changé, redeviendront ce qu’ils étaient avant ».

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Le départ des Américains et de leurs alliés laisse donc béante la question de la sécurité. Elle complique le jeu de Pékin qui aurait préféré développer ses projets à l’abri de garanties militaires solides et structurées. Après la dissolution de l’ISAF en 2014, le pays plonge dans l’incertitude des menaces islamistes, avec toujours le risque de contagion vers le Xinjiang.

Récemment, le Global Times explorait les perspectives. Parmi elles, le retour au pragmatisme exigeant de garder tous les fers au feu, notamment celui d’envisager sérieusement le retour au pouvoir des Taliban. Le 19 juillet, un article signé du rédacteur en chef Hu Xijin, titrait « Il n’est pas dans l’intérêt de la Chine de considérer les Taliban comme des ennemis ».

S’engager sur cette voie, dit-il « serait un choix naïf guidé par l’émotion et profondément déconnecté des réalités du pays ».

Après avoir rappelé que même les États-Unis et les Britanniques avaient pris langue avec eux et envisagé une coopération s’ils revenaient au pouvoir, Hu met en garde contre le piège consistant à les ostraciser.

Rapidement, il en vient à la hantise chinoise, redoutant la connexion des Taliban avec l’East Turkistan Islamic Movement (ETIM) bras armé salafiste des actions terroristes au Xinjiang où l’organisation prône l’instauration d’un État islamique régi par la Charia.

Au passage, rappelons que plusieurs de ses chefs ont été tués depuis 2003 [3] et que le groupe qui a engagé plusieurs milliers de ses adeptes en Syrie et dans les rangs de l’État islamique, est considéré comme une « organisation terroriste » par l’ONU, la Chine, la Russie, le Royaume Uni, l’Union Européenne le Canada, le Kazakhstan, le Kirghizistan et les Émirats Arabes Unis.

Reconnaissant que les Taliban se sont défavorablement fait connaître auprès du public chinois par la destruction le 11 mars 2001 des Bouddhas de Bamiyan, Hu Xijin nie pourtant leur connexion avec l’ETIM. 

Les Taliban pakistanais et Afghan sont, dit-il, deux entités séparées. Si les premiers sont la cible d’Islamabad, les seconds avaient même été reconnus par Islamabad quand ils étaient au pouvoir en Afghanistan avant 2001.

Après cette analyse reposant sur une bonne dose d’auto-persuasion articulée à l’intention de préserver coûte que coûte les projets des « routes de la soie » et de garantir la sécurité des ressortissants chinois, Hu Xijin, conclut par une affirmation de realpolitik apparente cependant articulée à l’hypothèse non vérifiée d’une bienveillance des groupes radicaux à l’égard de la présence chinoise dans la zone.

On y lit que, quelle que soit la complexité de la situation en Afghanistan, la Chine doit rester fidèle à ses intérêts nationaux qui commandent de ne pas se créer d’ennemis. « Ne pas rejeter les Taliban est un impératif crucial pour l’influence chinoise en Afghanistan et la stabilité du Xinjiang ». On ne saurait mieux dire.

Les dernières lignes renvoient à l’ennemi n°1 du moment, Washington. « Alors que les relations internationales sont mouvantes, désigner les Taliban comme notre ennemi est dans l’intérêt des États-Unis, pas de la Chine ». L’attentat du 14 juillet est cependant un rappel que l’avenir est incertain.

 

François Danjou Question Chine.net le 24 juillet 2021

 

François Danjou est un sinologue diplômé de chinois de l'Institut national des langues et civilisations orientales. Il a vécu 15 ans en Asie. Il s'est spécialisé dans l'analyse des relations de la République populaire de Chine avec le Tibet et Taïwan. Il est l’auteur d’articles publiés sur le site "questionchine.net" et dans la Revue défense nationale  (Source : Wikipedia)

 

 

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Note(s) :

[1A une conférence à Douchanbe avec son homologue tadjik, Wang a instamment appelé l’Afghanistan à entretenir des relations amicales avec ses voisins et à mettre sur pied un vaste plan « inclusif », englobant à la fois « une politique de développement claire à l’égard des populations musulmanes et un combat résolu contre les groupes terroristes.

 

[2Signé le 29 février 2020 à Doha, ouvrait une perspective marquée par le retrait des forces étrangères y compris américaines et le lancement d’une négociation inter-afghane (Le Monde du 29 février et 2 mars 2020).

En même temps, les pourparlers entérinés par la présence d’une trentaine de délégations étrangères entendait exercer une pression sur les Taliban en promettant de soutenir les institutions afghanes « une manière d’inviter les Taliban à ne pas créer victoire trop tôt ».

Au cœur des négociations, répondant à un des principaux soucis de Pékin, les Taliban s’engageaient à n’autoriser aucun individu ni aucune entité à utiliser le sol afghan contre d’autres pays, notamment au Pakistan, en Chine ou en Asie Centrale.

[3Hasan Mahsum, abattu par les Pakistanais en 2003 ; Abdul Shakoor al-Turkistani tué en 2012 par une frappe aérienne de l’aviation pakistanaise, alors qu’il s’entraînait avec ses troupes dans la vallée de Shawal, 230 km au sud d’Islamabad ; Abou Ridha al-Turkestani tué en 2015 en Syrie à la bataille de Jisr al-Choghour, 100 km au sud-ouest d’Alep.

Alors qu’en févier 2010, les Américains affirmaient avoir tué Abdul Haq al-Turkistani, le successeur de Mahsum, par un drone tiré contre un village du Nord-Waziristan à la frontière des zones tribales, ce dernier est réapparu en juin 2016 dans une vidéo où il disait rejeter la tutelle de l’État islamique.