Blue Flower

« Pour raconter, il faut des mots, des images, une bouteille de scotch et du bon jazz»


 

Des bandes dessinées en noir et blanc ou en couleur, agrémentées de photographies, un mélange surprenant mais qui colle à la peau de Sarnath Banerjee. Cet artiste-dessinateur indien présentera une de ses oeuvres au Centre Georges Pompidou à Paris en février prochain.

 

 
 

 

Se plonger dans les livres de Sarnath Banerjee, c'est redécouvrir l'Inde. Delhi ou Calcutta, des villes qui apparaissent différentes à travers les yeux du dessinateur. Corridor publié en 2004 et The Boom Owls Wondrous CoperT, en 2007, sont aujourd'hui des best sellers. Derrière sa barbe, ses longs cheveux et ses lunettes, le dessinateur originaire de Calcutta imagine des personnages hors du commun, des histoires touchantes. Son style à lui c'est la bande dessinée.

Pourquoi la bande dessinée?

 

Je pense que les mots et les images sont une très bonne manière de raconter des histoires. Les images seules ne suffisent pas, les mots non plus d'après moi. Il faut donc mêler les deux pour pouvoir parler de la complexité et de l'étrangeté des choses communes de la vie indienne. Dans une bande dessinée, il y a toujours deux histoires. L'une est dépeinte par les images et l'autre se dégage des mots. En combinant les deux, on en obtient une troisième. De ce fait, je retrace trois réalités différentes en même temps. C'est complexe mais pas compliqué.

Quand on lit des bandes dessinées, on crée dans notre tête une histoire. Quand on les écrit, c'est la même chose. Je ne connais aucun autre moyen de raconter des histoires. Dans les bandes dessinées, il faut communiquer, révéler ce qu'il y a dans son esprit, faire savoir ses sentiments. C'est un travail très émotionnel. Il faut être dans le ressenti. Pour raconter et bien écrire, il faut des mots, des images, une bouteille de scotch et du bon jazz.

Quand sortira votre prochaine BD?

Il m'a fallu trois ans pour produire une nouvelle bande dessinée. Elle fait environ 216 pages dans lesquelles je reviens sur l'Inde qui existait avant l'ouverture économique. Je retrace l'histoire socialiste de l'Inde, de ma génération, pour voir pourquoi les choses sont ainsi aujourd'hui. De nos jours, le gaspillage consumériste est partout. Les gens ont un salaire qu'ils dépensent en faisant des achats. Bien sûr je parle de la classe moyenne indienne.

Où trouvez-vous l'inspiration ?

Je trouve l'inspiration dans un périmètre de 100 mètres autour de chez moi. Vivre à Delhi nécessite un certain sens de l'humour. Si on ne l'a pas, on est mort. Si tu commences à te plaindre dès que tu arrives, la ville va te jouer des tours.

Y a-t-il beaucoup de BD en Inde?

En Inde, il existe une tradition de la bande dessinée dans la mythologie. On commence juste à voir apparaître des bandes dessinée modernes. C'est quelquechose de très récent. Corridor était la première BD de ce style en Inde. Mais aujourd'hui on trouve dans chaque grande ville une librairie avec un rayon bandes dessinées. Dès qu'une nouvelle BD sort, ça me donne un coup de pouce pour mes livres. La concurrence c'est bien. Plus il y en a et plus je peux progresser.


Stéphane Stag, Aujourd'hui l'Inde, le 26 juillet 2010.