Blue Flower

 

 Le Premier ministre indien Narendra Modi lors d'un discours avant les élections dans l'État du Bengale occidental à Calcutta, en Inde, le 7 mars 2021.

Le Premier ministre indien Narendra Modi lors d'un discours avant les élections dans l'État du Bengale occidental à Calcutta, en Inde, le 7 mars 2021. AP - Bikas Das

 

L’Inde n’a jamais été aussi présente sur la scène internationale qu'aujourd'hui. C'est ce que prouve le documentaire signé Sophie Lepault et coécrit avec Sébastien Farcis, correspondant de RFI à New Delhi. Cette présence de l'Inde s’est encore récemment confirmée avec la réactivation du QUAD, le « Dialogue quadrilatéral pour la sécurité », une coopération informelle entre les États-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde, qui a pour objectif de contrebalancer la puissance grandissante de la Chine. Le 13 avril, les ministres des Affaires étrangères français, indien et australien se rencontreront à New Delhi pour parler des étapes à venir pour renforcer la sécurité maritime dans l’Indo-Pacifique.

L’arrivée au pouvoir du président chinois Xi Jinping et de sa politique « agressive » a poussé le QUAD à réaffirmer sa présence militaire dissuasive dans la zone indo-pacifique, explique Sophie Lepault. C'est pour l'Inde une chance de se positionner de manière plus nette sur la scène internationale, car « la Chine est de plus en plus provocatrice, vis à vis des valeurs défendues par les démocraties occidentales ».

L'Inde agit avec les démocraties occidentales sans pour autant se ranger totalement de leur côté. Ce qui d'une certaine manière l'arrange, car « son statut de démocratie est de plus en plus remis en cause. Il y a un double jeu, un double intérêt en fait pour l’Inde de faire partie de cette alliance », estime la journaliste.

 

Pivot de la zone Indo-Pacifique

Au sein du QUAD, l’Inde est essentielle, souligne Cleo Paskal, chercheuse sur l’Indo-Pacifique à l’institut Chatham House : « Sans elle, on ne peut rien faire. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Commandement Pacifique des États-Unis a été renommé le Commandement Indo-Pacifique. » L’Inde est importante géographiquement, mais elle a aussi les capacités de se battre, poursuit la chercheuse : « Comme on a pu le constater en juin 2020, elle est engagée dans un conflit direct avec la Chine à sa frontière, dans la vallée de Galwan. Vingt soldats indiens ont été tués par des soldats de l’Armée populaire de libération chinoise. »

Le conflit est très présent pour les Indiens, explique Cleo Paskal : « Ils savent ce que ça fait d’être attaqués par la Chine. Et leur réponse est très intéressante : ils ont banni les applications chinoises, ils ont restreint les investissements directs, restreint l’accès de certains Chinois qu’ils considèrent être une menace pour la sécurité nationale. Ils les repoussent de manière globale, pas seulement militairement. Et c’est ce que l’on voit également se développer au sein du QUAD. »

Cette alliance militaire s’élargit pour se préoccuper d’enjeux internationaux majeurs estime Sophie Lepault : « Ils parlent de santé publique pour la libre circulation des vaccins anti-Covid, mais également d’intelligence artificielle, de 5G, 6G. » Cette alliance réaffirme aussi les positions, les valeurs des États dits démocratiques face à une Chine grandissante : « C’est là que l’on commence à parler d’une nouvelle guerre froide, le QUAD peut se transformer en une force des pays démocratiques contre les pays plus autoritaires, en tout cas pour contrer la croissance des pays autoritaires » explique la journaliste.

 

Contrepoids à la Chine sur la scène internationale

Dans un contexte où les tensions entre les États-Unis et la Chine sont en train de s'accroître, Raphaëlle Khan, chercheuse associée au Centre Asie de l'Université de Harvard et à l'Irsem, estime que les inquiétudes que suscite la montée en puissance rapide de la Chine contribuent à faire émerger l’Inde comme un acteur international essentiel dans la recomposition géopolitique actuelle.

Mais les plus petits États de la région indo-pacifique recherchent aussi un équilibre dans la région entre l’Inde et la Chine, note la chercheuse, « car ils se retrouvent dans cette rivalité entre ces deux géants asiatiques et ne souhaitent pas à avoir à choisir entre ces deux pays ou bien entre la Chine et les États-Unis ».

L’Inde pourrait à terme apporter une approche intermédiaire dans un contexte de polarisation, estime Raphaëlle Khan, « car elle ne veut pas et n’a pas intérêt à contrarier la Chine qui est son voisin immédiat, ce qui explique que, par exemple, elle a un discours un peu différent par rapport aux États-Unis : le Premier ministre indien Narendra Modi a dit lors du Shangri-La Dialogue de 2018 qu’il voulait un indo-pacifique inclusif, en faisant référence à la Chine. »

Par ailleurs, l’Inde est un modèle différent de la Chine ou des pays Occidentaux, souligne Cleo Paskal. Son développement interne attire davantage et semble plus propice aux partenariats, ce qui est encourageant pour un grand nombre de pays émergents qui ne se reconnaissent ni en la Chine, ni en les puissances occidentales : « Contrairement à la Chine, l’Inde présente un modèle de pays qui n’est pas occidental, qui est une démocratie, qui a un certain degré d’État de droit, alors que la Chine est autoritaire. »

Sur la scène internationale, l’Inde semble être plus attrayante pour des pays d’Afrique ou du Pacifique Sud, ou même encore d’Amérique latine, souligne la chercheuse : « au centre de la psychologie indienne se trouvent la famille, la foi, des choses importantes auxquels la plupart des pays émergents peuvent s’identifier, dans un monde où les grandes puissances occidentales renvoient une image d’individualisme, et la Chine, d’autoritarisme. »

Clea Broadhurst, RFI.fr le 4 avril 2021

 

 


 La nouvelle puissance indienne - Le monde selon Modi, documentaire de Sophie Lepault, co-écrit avec Sébastien Farcis, correspondant de RFI en Inde, disponible jusqu'au 7 avril.