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Rencontre entre l’Inde et le Pakistan : beaucoup de bruit pour presque rien

 

 

Très attendue, la rencontre des ministres indien et pakistanais des Affaires étrangères, hier à Islamabad, n’a pas permis de trouver des mesures concrètes pour reconstruire une confiance ébranlée depuis les attentats de Bombay.

 

 
 

Le Pakistanais Shah Mehmood Qureshi et l'Indien S.M. Krishna se sont rencontrés jeudi 15 juillet pendant plusieurs heures, avec l'espoir de relancer le processus de paix au point mort depuis l'assaut de 2008 sur la capitale financière qui avait tué 166 personnes. Cette rencontre était en effet la première de haut niveau depuis l'attaque meurtrière, laissant espérer une percée.

Hormis quelques déclarations convenues sur leur volonté commune de poursuivre le dialogue, la rencontre n'a cependant débouché sur rien de concret. Le discours diplomatique et le vocabulaire lissé étaient au rendez-vous quand les visages ne pouvaient cacher une tension certaine :  "Je pense que notre dialogue nous a permis de développer une meilleure compréhension (…) Nous sommes des hommes politiques, et les hommes politiques croient dans le dialogue… Nous allons tirer de l'espoir de cette situation sans espoir parce que l'esprit est de continuer et d'aller vers l'avant", a continué le ministre des Affaires étrangères pakistanais, Shah Mahmood Qureshi après l'entretien.

Son homologue l'a invité à se rendre en Inde prochainement, mais aucune date n'a été avancée pour poursuivre la discussion. Le regard sévère, les deux ministres n'ont témoigné d'aucune interaction devant les journalistes. Et pour cause : malgré la rumeur qu'il y aurait des  "bonnes nouvelles" à annoncer au moment où les discussions étaient en cours, les deux frères ennemis, tous deux en possession de l'arme nucléaire, ont fini par camper sur leurs positions en exigeant des efforts de l'autre. Si la sécurité demeure la priorité de l'Inde, Islamabad préfère évoquer d'autres dossiers, notamment la situation au Cachemire, à l'origine de deux guerres sur trois entre les deux pays depuis l'indépendance en 1947.  "Nous devons respecter le point de vue indien, et ils doivent comprendre le point de vue pakistanais, et ensemble, nous devons aller de l'avant", a déclaré Qureshi.

De son côté, Krishna a réitéré que la plus belle preuve de bonne volonté serait que le Pakistan pourrait donner serait de démêler la conspiration derrière les attaques de Mumbai. L'Inde reste en effet persuadée qu'Islamabad a aidé les militants de Lashkar-e-Taiba (LeT), basés au Pakistan, à perpétrer cette attaque meurtrière. A la veille de la rencontre, un haut responsable indien avait d'ailleurs  ouvertement accusé les services secrets indiens d'avoir orchestré l'assaut. Selon New Delhi, les déclarations d'un américano-pakistanais, David Headley, arrêté par les autorités américaines en octobre dernier, et ayant avoué avoir travaillé avec Let pour préparer les attaques, auraient en effet permis de prouver de manière  "irréfutable" l'implication de l'ISI dans les attaques. De son côté le Pakistan, qui a toujours nié soutenir les groupes islamistes combattant au Cachemire indien, souhaite que Delhi retire ses accusations.  "L'infiltration ne fait pas partie de la politique du gouvernement du Pakistan, ou de nos services secrets. Maintenant, s'il y a des individus qui passent la frontière, soyez fermes avec eux, et le Pakistan coopérera", a lancé Qureshi.

La rencontre de jeudi est la plus importante depuis que les deux premiers ministres de l'Inde et du Pakistan ont décidé en avril, au Bhoutan, de normaliser une relation fortement entamée après les attaques terroristes pakistanaises à Mumbai en 2008. L'issue prouve cependant que les deux frères ennemis ont encore bien du chemin à faire avant de parvenir à des relations de confiance. "Nous sommes menottés par l'Histoire, et enchaînés au futur", avait indiqué mercredi 14 juillet le ministre de l'Information pakistanais Qamar Zaman Kaira.

Esther Oyarzun, Aujourd'hui l'Inde, le 16 juillet 2010.