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Oussama ben Laden à Bollywood !


 

Dans le film « Tere Bin Laden » (Without you Laden), qui sort aujourd’hui, le chef d’Al Qaeda est le prétexte d'un journaliste pakistanais pour entrer aux Etats-Unis. Une comédie satirique qui a cependant posé quelques cas de conscience avant sa diffusion…

 

 
 
 
 

Une barbe, un turban et une caméra. N'obtenant pas de visa pour les Etats-Unis, un journaliste pakistanais met en place un stratagème pour se faire connaître des Américains. Après quelques tentatives, il rencontre un fermier ressemblant à Oussama ben Laden. Son idée: une vidéo du retour du leader d'Al Qaeda qu'il envoie à la Maison blanche.


Un jour, j'ai eu une migraine incroyable et j'ai enroulé une écharpe autour de ma tête. Quand ma femme m'a vu, elle m'a dit en rigolant que je ressemblais à Oussama ben Laden. Ça m'a donné l'idée de faire un film sur ce sujet. J'ai regardé toutes les vidéos que j'avais enregistrées de lui - qui sont sûrement fausses - et j'ai décidé de les reprendre avec un angle satirique ”raconte Abishek Sharma, le réalisateur.

Le film du jeune cinéaste fait évidemment polémique. La maison de production Walkwater Media a notamment reçu plusieurs lettres de menaces, l'accusant d'être bienveillante à l'égard de ben Laden et de se positionner en faveur du terrorisme. Mais pour le producteur, le chef de file islamiste est, dans son histoire, un prétexte publicitaire pour décrocher un visa pour les Etats-Unis.

Le film traite de nombreuses problématiques telle que l'Islamophobie, le rêve américain et la guerre contre le terrorisme, mais sous un angle comique. Comme le héros n'est ni terroriste, ni raciste, mais neutre, ça fait sens de faire apparaître ces diverses situations à travers son expérience en tant que journaliste à la recherche de reconnaissance ” déclare Abishek Sharma.

Difficulté d'obtenir un droit d'entrée sur le territoire en étant pakistanais, méfiance vis-à-vis des étrangers aux Etats-Unis : Tere bin Laden, traite de sujets sensibles, faisant écho aux attentats du 11 septembre. Autre sujet à l'affiche, la propagation d'informations fausses par les médias.

Dans le film, on voit les médias reprendre la fausse vidéo de ben Laden et la faire tourner. On met le doigt sur les dérives de l'information aux Etats-Unis ”, annonce Ali Zafar, premier rôle du film. Cependant la satire ne fait pas tout. “  Il y a aussi beaucoup d'humour. Il n'y a pas d'histoire d'amour ou de récit dans ce genre comme dans les films Bollywood classiques. C'est beaucoup plus amusant ”, ajoute-il.

Tere Bin Laden a connu cependant quelques amputations. Pour être diffusé au Pakistan, la maison de production a décidé, sur les conseils d'Ali Zafar - lui même pakistanais -, d'enlever le nom “ Laden ” au film de peur qu'il soit mal perçu et déclenche des troubles. Deux jours avant la sortie du film dans les salles, le Pakistan a cependant interdit sa diffusion sur son territoire, mercredi, par crainte de remontrances des islamistes.

En salle le 16 juillet en Inde et dans de nombreux pays, le film ne sera pas diffusé aux États-Unis pour le moment. Question de diplomatie, probablement…


Stéphane Stag, Aujourd'hui l'Inde, le 16 juillet 2010.