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Un caricaturiste du Bangladesh, détenu en vertu de la loi sur la sécurité numérique, a été libéré sous caution mercredi, après de nouvelles manifestations exigeant une enquête sur la mort en détention d'un écrivain critique du gouvernement, emprisonné en même temps que lui.

Ahmed Kabir Kishore, 42 ans, qui avait été jeté en prison il y a dix mois pour des caricatures moquant un puissant homme d'affaires proche du gouvernement, connaît de graves problèmes de santé, ont indiqué des défenseurs de droits.

Après avoir été débouté à six reprises par plusieurs tribunaux, M. Kishore a obtenu de la Haute Cour mercredi une libération sous caution de six mois "compte tenu de sa longue détention", a déclaré à l'AFP le procureur général adjoint Md. Sarwar Hossain Bappi.

Le frère du dessinateur, Ahsan Kabir, a affirmé qu'il avait été torturé en détention et souffrait d'une infection du tympan et d'une blessure à la jambe.

"Son diabète s'est aggravé en détention (...) Nous craignons pour sa vie. Nous redoutons que sa jambe gauche blessée ne se gangrène et ne doive être coupée", a précisé son frère à l'AFP.

Près de 500 militants des droits ont manifesté mercredi pour demander que justice soit rendue à l'écrivain Mushtaq Ahmed, arrêté en même temps que lui et mort jeudi dernier en détention.

Mushtaq Ahmed avait été arrêté pour avoir publié un article et des messages sur Facebook critiquant la manière dont la Première ministre Sheikh Hasina avait géré la pandémie de Covid-19.

Les manifestants exigent également l'abrogation de la loi sur la sécurité numérique servant, selon les défenseurs des droits, à museler et intimider les critiques du gouvernement.

Rassemblés d'abord devant le Club national de la presse, ils ont ensuite marché en direction du bureau de Mme Hasina avant que la police ne les bloque dans le centre de Dacca.

Lundi, des heurts entre partisans de l'opposition et forces de l'ordre avaient fait des dizaines de blessés. La police a tiré des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur les manifestants qui répliquaient par jets de pierres. Plus d'une douzaine de manifestants, dont un dirigeant syndical, ont été arrêtés.

Le même jour, la Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Michelle Bachelet a appelé une enquête transparente et à la révision de cette loi sur la sécurité numérique qui inquiète aussi les Etats-Unis et l'Europe.

Elle a en outre exhorté à la libération de "toutes les personnes détenues en vertu de cette loi pour avoir exercé leurs droits à la liberté d'expression et d'opinion".

Citant les données du Tribunal du Bangladesh sur la cybercriminalité, Amnesty International indique que près de 2.000 plaintes ont été déposées en vertu de cette loi, les journalistes étant particulièrement visés.

Elle criminalise la "propagande" contre "l'esprit" de la guerre d'indépendance du Bangladesh de 1971, l'hymne national, le drapeau et le fondateur de la nation, Sheikh Mujibur Rahman, père de la Première ministre.

AFP, in Notre Temps.com le 3 mars 2021