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«L'Inde peut désormais financer seule son propre développement »

 

 

L'Inde serait-elle suffisamment riche pour qu'on ne l'aide plus? C'est ce que semblent penser les britanniques. Réduire les dépenses publiques du Royaume-Uni passerait par une réduction de l'aide accordée aux pays en développement. Pays parmi lesquels se trouve l'Inde.

 

 

« Spending challenge » c'est le nom du site lancé il y a quelques jours par le chancelier britannique George Osbourne. Site participatif qui invite les citoyens britanniques à faire part de leurs idées pour réduire les dépenses publiques du pays, qui rencontre un franc succès. Parmi les commentaires les plus nombreux sont ceux qui pointent du doigt le montant de l'aide aux pays en développement et jugent utile d'y effectuer des coupes sombres. « Les 38 milliards de dollars dépensés chaque année pour l'aide internationale est un luxe qu'on ne peut plus se payer », plaide ainsi un internaute.

Parmi ces aides, celle accordée à l'Inde par le Royaume-Uni, par le biais de son Department For International Development (DFID), s'élève à 285 millions de livres sterling (soit près de 341 millions d'euros) pour l'année 2009/2010. Face à la pression populaire, le gouvernement envisage donc de la réduire. Le secrétaire international au développement, Andrew Mitchell, a d'ailleurs déjà justifié cette révision, l'Inde étant, après tout, un « pays détenteur de l'arme nucléaire ». Un argument qui trouve écho chez les citoyens: « L'Inde doit se réjouir qu'on lui donne une aide internationale pour dépenser plus en armes nucléaires », affiche un commentaire du fameux site.  

Le second argument avancé par le DFID pour justifier l'éventuel « rééchelonnement » de l'aide est celui de la « tolérance zéro » vis-à-vis de la corruption. Les britanniques avaient découvert le mois dernier (suite au reportage paru dans News of the world) que les fonds accordés au programme Sarva Shiksha Abhiyan - qui prône « l'éducation pour tous » - avaient été détournés et utilisés de manière abusive (frais de bouche colossaux et voitures de luxe) au détriment d'écoles où les professeurs enseignaient à ciel ouvert puisque le toit d'un établissement n'avait pu être construit par manque de ressources.   Dans le même temps, la folle croissance économique indienne dérange. Certains en déduisent en effet que l'Inde est suffisamment « riche » pour ne plus recevoir d'aide. «L'Inde peut désormais financer son propre développement », a d'ailleurs déclaré un membre du parti conservateur anglais.

Cette idée d'un pays qui peut s'assumer se retrouve également dans les propos du premier ministre David Cameron qui, selon le Times of India, considère que les Indiens aisés et ceux ne résidant plus en Inde, sont plus aptes à aider leur pays que les citoyens britanniques qui font face à la plus importante crise jamais traversée depuis 1929.  « Il n'est plus question de jeter des manuels scolaires sur le dos des plus pauvres», résume une des responsables du DFID de New Delhi qui requiert l'anonymat. Cela sous-entend-il qu'il y avait jusqu'ici peu de contrôles? « Le nouveau gouvernement veut s'assurer que l'argent du contribuable est bien dépensé », répond-t-elle. D'ailleurs, le DFID, qui intervient dans plusieurs Etats dans des domaines aussi variés que l'éducation, la santé et la croissance globale, a déjà mis fin à l'aide accordée à l'Andrah Pradesh. 

L'Inde restera-telle le premier pays receveur de l'aide internationale accordée par le Royaume-Uni? La question est pour le moment « étudiée» par le Premier ministre. Il semblerait que la Chine, la Russie et le Vietnam se trouvent aussi dans le collimateur du gouvernement anglais. Comme quoi il ne s'agit pas d'une affaire personnelle entre l'ancienne colonie et le Royaume! 

 

Lily Montagnier, Aujourd'hui l'Inde, le 14 juillet 2010.