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 Des agriculteurs bloquent une grande autoroute pour protester contre les nouvelles lois agricoles, à la frontière de l'État de Delhi-Uttar Pradesh, en Inde, le vendredi 8 janvier 2021.

Des agriculteurs bloquent une grande autoroute pour protester contre les nouvelles lois agricoles, à la frontière de l'État de Delhi-Uttar Pradesh, en Inde, le vendredi 8 janvier 2021. © AP Photo / Altaf Qadri

 

En Inde, voilà plus d’un mois que des agriculteurs affluent vers New Delhi pour protester contre la libéralisation du secteur agricole. Bloqués aux frontières de la cité-État, ils s’organisent pour tenir le siège et obtenir le retrait de lois controversées. Ce sont de quasi villes autonomes qui ont désormais poussé le long des autoroutes.

Sont-ils des dizaines, des centaines de milliers ? Difficile de compter ces manifestants, répartis sur des kilomètres le long de plusieurs autoroutes. Depuis son tracteur, transformé en roulotte résidentielle, le fermier Arandir Singh explique pourquoi il a fait le déplacement : « Je suis arrivé il y a cinq jours de l’État de l’Haryana. Je suis là pour demander le retrait des réformes agricoles. Pour nous fermiers, les prix garantis par l’État sont nécessaires à notre survie ! Nous ne voulons pas être livrés aux mains du marché. »

Ces réformes permettent aux firmes privées d’acheter des denrées aux paysans sans passer par les marchés publics. Le gouvernement assure que cela va permettre aux agriculteurs de s’enrichir. Mais beaucoup n’y croient pas. À la frontière de Singhu, puisque Delhi est une ville et un État, l’ancienne voie express s’est transformée en village autonome. Syndicaliste de gauche, Abhishek Ji décrit l’organisation : « Derrière les barricades de police, vous pouvez voir la scène principale. Il y a aussi des cantines communautaires. Les fermiers arrivent ici avec six mois de réserves de nourriture ! En remontant le long de l’autoroute, vous trouverez beaucoup de dortoirs pour les manifestants. Certains ont même ouvert de petites librairies dans des tentes de fortune. »

L’ambiance est festive et partout on peut voir des drapeaux et pancartes contre le gouvernement ou les géants de l’agroalimentaire. Par solidarité avec les paysans, certains habitants de New Delhi ont rejoint le mouvement. C’est le cas de Surender Kumar, un pharmacien : « Si le secteur agricole est livré au secteur privé, les prix vont augmenter. Ces gens se battent donc pour les fermiers, mais aussi pour tous les Indiens. Nous avons établi ici un camp médical. Nous distribuons du paracétamol, de l'amoxicilline… Tout cela gratuitement à partir de nos stocks. » 

Malgré de nombreuses discussions, aucune issue n’a été trouvée à la crise. Les agriculteurs continuent d’affluer. Notamment ceux du Pendjab et de l’Haryana, qui bénéficient de prix minimum pour le riz et le blé et s’estiment directement menacés par les réformes. Pour Abhishek Ji, pas question de bouger tant que les fermiers ne seront pas entendus : « Nous reviendrons à la table des négociations une fois que ces lois seront retirées. Et nous exigeons que les prix minimum soient rendus obligatoires pour tous les types de cultures, et étendus à tous les États. »

Le Premier ministre Narendra Modi fait face à un des plus importants mouvements sociaux depuis son élection. Mais il affirme que les fermiers sont manipulés par l’opposition et refuse pour l’instant de faire marche arrière. Les bordures de Delhi pourraient rester occupées longtemps.

Côme Bastin, RFI.fr le 9 janvier 2021