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L'industrie pharmaceutique indienne prend du cachet

 

 

Les entreprises pharmaceutiques ont le vent en poupe en Inde. Les géants de l’industrie du médicament ne s’y trompent pas et rachètent tour à tour les compagnies locales. Non sans éveiller l’attention des législateurs… Gare aux génériques qui nient les brevets.

 

 

 

D'abord Daïchi Sankyo, qui met le grappin sur Ranbaxy, puis Abbott qui acquiert une partie de Piramal, les multinationales pharmaceutiques s'accaparent le fructueux marché indien. PricewaterhouseCoopers estime qu'en 2020, ce marché vaudra 40,7 milliards d'euros, rapporte le monde.fr. En moyenne, la croissance de l'industrie pharmaceutique s'établit entre 12% et 13% par an, pour une industrie qui représente 24 milliards de dollars.

Les sites de production indiens n'ont rien à envier aux usines de New Jersey ou de Lyon. Si pendant un temps, l'Inde était très forte pour imiter les médicaments occidentaux, elle excelle aujourd'hui dans la reproduction à l'identique : les génériques, voilà la spécialité du sous-continent.

Expérimentée, l'industrie indienne est désormais présente à tous les échelons de la fabrication: seuls la découverte de la molécule et le marketing (respectivement les premières et dernières étapes de la création du médicament) sont du ressort des géants occidentaux. Abattue la concurrence chinoise : également low-cost, mais le manque de fiabilité des ingrédients a eu raison du dragon…

Les géants pharmaceutiques américains l'ont compris, ils sont les premiers clients de l'Inde en termes d'exportation de médicaments.  GalxoSmithKline a ainsi formé un partenariat avec Dr Reddy's laboratories, Pfizer s'est allié avec Claris Lifesciences, Sanofi-Aventus a pris le contrôle de Shantha Biotechnics, et Bristol-Myers Squibb a ouvert un centre de recherche en Inde avec Biocon.

Sujay Shetty, directeur associé chez PricewaterhouseCoopers à Mumbai explique que jusqu'à récemment, les pharmaceutiques était "une industrie incroyablement arrogante, qui n'a jamais sous traité" mais que depuis quelques années,  "toute la chaine de production est transférée dans différentes parties du monde, moins coûteuses", dont l'Inde, évidemment.

De fait, cette expansion a laissé entrevoir des problèmes de qualité : La FDA (food and drug administration) a cité Ranbaxy en justice pour des problèmes dans la fabrication ces dernières années, et a ordonné en février une révision du processus de fabrication du groupe. Sanofi Aventis a dû rappeler en mai des vaccins fabriqués par Shanta Bioethnics qui étaient distribués à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) après que des usagers se sont plaints de dépôts blancs dans les fioles. 

Certains producteurs locaux s'inquiètent, comme Yusuf Hamied, patron du groupe Cipla - producteur de formules génériques de cocktails antirétroviraux :  "En 2015, les multinationales contrôleront tout le marché", prédit-il.

Afin de réguler un marché dominé à 95% pour les générique, les instances internationales veulent punir le piratage intellectuel puisque comme le dit Piramal : "on peut briser le verrou des brevets en Inde à un coût bien moindre qu'en Occident". Un texte est en cours de rédaction pour statuer sur le  "problème" de la propriété intellectuelle. Les autorités indiennes pourraient être désormais plus réticentes à agréer un médicament générique (les tests seront plus rigoureux, et régis par des informations confidentielles fournies par le producteur original), et le brevet pourrait durer plus longtemps que les 20 ans en vigueur.

Mais l'industrie indienne ne devrait pas trop pâtir de ce projet de loi. Ajay G.Piramal, le PDG de Piramal Healthcare, fabricant de médicaments basé à Mumbai affirme que l'Inde est en train de devenir  "une référence pour la fabrication sur le marché mondial". A tel point que certaines sociétés telles que Pharma Services Network, à Charlotte, en Caroline du Nord organisent des voyages pour visiter les usines indiennes, pour les cadres pharmaceutiques occidentaux qui envisagent de sous traiter une partie de leur affaire. Jim Worrell, cadre dans cette société de consulting assure qu' : "Il y a énormément de savoir-faire à des prix défiant toute concurrence en Inde".

Esther Oyarzun, Aujourd'hui l'Inde, le 8 juillet 2010.