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Les États criminalisent le « Love Jihad », qui verrait des musulmans épouser des hindoues pour les convertir. Même si c’est pure fiction.

 Les fondamentalistes hindous veulent jeter le discrédit sur les mariages interreligieux.

Les fondamentalistes hindous veulent jeter le discrédit sur les mariages interreligieux. | S. GUPTA, EPA/MAXPPPAfficher le diaporama

 

Les « criminels » risqueront jusqu’à dix ans de prison ferme. Le gouvernement du très peuplé État de l’Uttar Pradesh (nord) vient d’adopter une loi visant à combattre le  Love Djihad, en Inde. Une pure théorie du complot qui verrait des musulmans séduire des femmes hindoues avec l’unique dessein de les convertir à l’islam.

Et peu importe si, de l’aveu même du ministère de l’Intérieur, il n’existe aucune preuve du phénomène : Le terme de Love Jihad n’est pas défini dans les lois existantes. Aucun cas n’a été signalé par l’une de nos agences judiciaires. Pour les fondamentalistes hindous, le « Love Jihad » n’est qu’un prétexte pour jeter le discrédit sur les mariages interreligieux.

Une vielle idée d’extrême droite

Depuis l’arrivée au pouvoir en 2014 du nationaliste hindou Narendra Modi, la thèse s’est diffusée dans les médias et la société, recyclant une vieille lune d’extrême droite. L’idée d’un complot musulman contre la majorité hindoue remonte aux années 1920, retrace l’historienne Charu Gupta.

Lorsque j’ai annoncé mon intention d’épouser mon ami du Kérala [État qui compte une importante communauté musulmane], ma tante a parlé de Love Jihad raconte Bhavani. Son mari est pourtant chrétien… En octobre, le célèbre bijoutier TanishQ a dû retirer une publicité montrant un couple hindou et musulman. Une armée d’internautes criait à la promotion du Love Jihad et certains de ses magasins ont été menacés.

Dirigés comme l’Uttar Pradesh par le parti BJP de Modi, le Madhya Pradesh et le Karnataka veulent aussi adopter des lois similaires. Pour le grand quotidien libéral Times of India, cette dérive va nuire à la cohésion sociale et aux libertés individuelles.

Côme BASTIN, Ouest-France.fr le 26 novembre 2020