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La republication des caricatures de Mahomet et les propos d'Emmanuel Macron après l'assassinat de Samuel Paty ont tendu les relations entre les deux pays. Un mouvement islamiste fait pression sur le gouvernement pakistanais pour que l'ambassadeur de France soit renvoyé. 

 

 Des militants et des partisans du Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP), un parti religieux, crient des slogans lors d\'une manifestation anti-France à Islamabad, le 16 novembre 2020.

Des militants et des partisans du Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP), un parti religieux, crient des slogans lors d'une manifestation anti-France à Islamabad, le 16 novembre 2020. (AAMIR QURESHI / AFP)

 

La question de la fin des relations diplomatiques entre le Pakistan et la France se pose après les pressions exercées par le parti islamiste Tehreek-e-Labaik (TLP). Il aurait négocié un accord avec le gouvernement pakistanais destiné à obtenir l’expulsion de l’ambassadeur de France. En toile de fond, l’affaire des caricatures de Mahomet qui a déchaîné une flambée de violence au Pakistan.

 

Une multiplication des manifestations

Le parti islamiste TLP apparaît comme le fer de lance de la fureur anti-française qui se déchaîne au Pakistan depuis la fin-octobre, après les propos d'Emmanuel Macron sur les caricatures de Mahomet à la suite de l’assassinat de Samuel Paty. Ce parti musulman intégriste, dont l’objectif est d’étendre la charia à l’ensemble de la planète, mobilise ces dernières semaines au-delà de ses militants et multiplie les manifestations souvent violentes pour appeler à la vengeance.

Le week-end dernier, plusieurs milliers de partisans de ce mouvement islamiste TLP s’étaient rassemblés à Rawalpindi à proximité immédiate d’Islamabad et menaçaient de marcher sur la capitale. La manifestation a été bloquée mais pour obtenir sa dispersion dans la nuit de lundi à mardi le gouvernement a négocié. Résultat, le parlement pakistanais devrait examiner dans les trois mois l’expulsion de l’ambassadeur de France et les intégristes assurent avoir obtenu le boycott des produits français sur place.

 

Des relations glaciales

Cette concession faite au parti islamiste peut-elle aboutir à la rupture des relations diplomatiques entre Paris et Islamabad ? On n’en est pas encore là, mais les relations entre les deux capitales sont glaciales depuis plusieurs semaines. L’ambassadeur de France a été convoqué au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. Les autorités pakistanaises accusent les Français de pratiquer une islamophobie systématique. Le poste d’ambassadeur du Pakistan à Paris est toujours vacant depuis l’été dernier.

Une situation assez compliquée pour le Quai d’Orsay. Et à l’Elysée, on reste très attentif à cette campagne anti-française, en insistant sur le fait que certains dirigeants étrangers se mobilisent pour des raisons de politique intérieure, comme au Pakistan. C’est ce qui expliquerait que le gouvernement pakistanais cède aux islamistes par exemple en libérant tous les manifestants qui avaient été arrêtés. Au Pakistan, agir au nom de la défense et de la promotion de l’islam garantit des dividendes politiques. Le premier ministre Imran Khan l’a bien compris, en donnant des gages aux islamistes à trois mois et demi d’un scrutin qui peut lui apporter la majorité aux deux chambres du parlement. L’ancien joueur de cricket aujourd’hui âgé de 68 ans est devenu premier ministre en 2018 après un long parcours politique. Sa ligne idéologique parfois fluctuante l’incite désormais à se présenter en garant de l’islam, dans ce pays à population presque exclusivement musulmane. Au Pakistan, la moindre suspicion de blasphème peut être punie par la peine de mort et mobiliser d’immenses foules.

Bertrand Gallicher France TV Info.fr le 19 novembre 2020