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Des agriculteurs indiens bloquent une route, à Shambhu, au Pendjab, le 25 septembre 2020, lors d’une manifestation contre la réforme agricole votée par le Parlement indien. PHOTO / Adnan Abidi / REUTERS

 

Un fort mouvement de protestation bloque l’activité économique et les transports au Pendjab. En cause : la réforme libérale adoptée par le gouvernement Modi, qui a pour conséquence la disparition des prix agricoles minimaux garantis.

Dans le nord de l’Inde, une drôle de bagarre oppose actuellement les agriculteurs du Pendjab à l’armée indienne. Remontés contre la réforme agricole adoptée en octobre à l’initiative du gouvernement Modi – qui a libéralisé les tarifs agricoles intérieurs et fait disparaître les prix minimaux garantis –, les cultivateurs “bloquent depuis des semaines les voies ferrées” mais aussi les centrales électriques et les réservoirs de carburant de cette région septentrionale, considérée comme le grenier à céréales du sous-continent, rapporte l’Indian Express.

L’inquiétude est telle à l’approche de l’hiver que les militaires “se sont rendus maîtres des routes” afin d’assurer “le stockage des fournitures essentielles pour les troupes stationnées au Cachemire et au Ladakh”, où se joue actuellement un conflit frontalier avec la Chine.

Officiellement, “provisions, vêtements et armements” avaient été acheminés en quantités suffisantes “à la fin du mois d’octobre”. Mais dans les semaines qui viennent, des approvisionnements devront être effectués par avion après la fermeture des cols himalayens consécutive aux premières neiges.

Les dirigeants des Indian Railways font état de nombreux “retards” de train et, selon Mint, “une quarantaine de convois ont été annulés” durant le week-end en raison des manifestations. Delhi s’insurge contre “les pertes occasionnées pour l’activité de fret” de la compagnie nationale des chemins de fer, mais la situation risque de ne pas s’arranger de sitôt.

 

Opposition à la politique de Modi

Au terme d’une réunion “qui a duré sept heures”, samedi 14 novembre, entre le gouvernement et les syndicats paysans, “aucun accord n’a été trouvé et un grand rassemblement a été annoncé pour les 26 et 27 novembre prochains”, indique The Wire.

Le ministre de l’Agriculture a beau répéter que la réforme “va permettre aux paysans d’augmenter leurs revenus”, les intéressés continuent de réclamer “le rétablissement des prix minimaux garantis”.

À ce stade du conflit, les chemins de fer s’attendent à une perte financière de 5 milliards de roupies (57 millions d’euros) tandis que le patronat craint une baisse d’activité globale équivalente à 15 milliards de roupies (170 millions d’euros), relève India Today. Le journal ajoute que c’est toute une économie – “lainages, équipements automobiles, outillage” – à destination du reste de l’Inde mais aussi de l’étranger “qui se trouve paralysée”.

D’après l’Economic Times, l’opposition, emmenée par le Parti du congrès, voit dans cette affaire “une conspiration du gouvernement Modi pour mettre à bas la révolution verte” lancée dans les années 1960 pour augmenter la production agricole nationale et subvenir aux besoins d’une population en très forte croissance.

Guillaume Delacroix, Courrier International.com le 16 novembre 2020