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Des feux d'artifices pour célébrer Diwali, la fête des lumières indienne, à Raiganj, dans l'État du Bengale-Occidental, le 26 octobre. 

Des feux d'artifices pour célébrer Diwali, la fête des lumières indienne, à Raiganj, dans l'État du Bengale-Occidental, le 26 octobre. Photo Rupak De Chowdhuri. Reuters

 

La justice a pour la première fois interdit l’usage d'explosifs lors de Diwali, la fête des lumières, ce samedi, pour des raisons sanitaires. Un épais nuage toxique risque d’aggraver la condition des malades du Covid-19. Certains militants hindous n’en ont cure.

 

Où sommes-nous ? Quelle heure est-il ? Les habitants de New Delhi sont à nouveau perdus, cet automne, dans un nuage épais et acre de pollution. Le disque solaire se distingue au loin, sa lumière ne les atteint pas. Jour ? Nuit ? Ils ne savent plus. Leurs sens sont désorientés et leurs dirigeants aussi.

Cela fait quatre ans qu’une autorité spéciale essaie sans succès toutes sortes de techniques pour freiner l’arrivée de cette ombre mortifère sur le nord de l’Inde : mise à l’arrêt des générateurs au diesel, fermeture de la dernière centrale à charbon de la région, suspension de chantiers de construction et même circulation alternée des millions de voitures.

Mais rien n’y fait, car ces mesures arrivent souvent trop tard dans la crise et la plupart ne font que traiter des symptômes au lieu d’aller frapper l’origine du mal. Celle-ci est pourtant bien connue : à cette période, ce sont les transports, les rejets des industries et les poussières des chantiers de construction, ainsi que les fumées des champs des régions voisines, qui composent ce cocktail toxique, et font exploser les compteurs. Entre le 3 et le 10 novembre, le taux de concentration en particules fines (PM2.5) était en moyenne à 296 microns/m3, soit douze fois supérieurs au maximum recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

 

Explosions à la minute

Et c’est alors qu’arrive le coup de grâce : Diwali, la fête des lumières, et sa frénésie de pétards, fusées et feux d’artifice. Le temps d’une soirée, célébrée ce samedi 14 novembre, le nord de l’Inde commémore le retour du dieu Ram dans sa cité d’Ayodhya, avec tellement d’explosions à la minute qu’on a parfois l’impression que la Chine et le Pakistan nous attaquent en même temps. C’est heureusement plus coloré et pacifique, mais le résultat est également mortel : pendant les deux jours qui suivent, une fumée toxique plane et étouffe les citadins.

Cette année, toutefois, les autorités disent stop. Il a déjà été prouvé que la pollution atmosphérique augmentait fortement le taux de mortalité des malades du Covid-19, or la capitale connaît ces jours-ci des records de contamination, avec plus de 7 000 cas enregistrés par jour (soit un cas sur six en Inde).

Pour la première fois, le tribunal environnemental a donc osé interdire toute utilisation de pétards lors de Diwali et jusqu’au 30 novembre, non seulement à New Delhi, mais aussi dans toutes les villes indiennes où la qualité de l’air est considérée comme «mauvaise» en novembre – soit l’essentiel des cités du nord de l’Inde.

 

Au nom des traditions

Cette mesure de santé publique sera toutefois difficile à appliquer, tant les Indiens prennent la fête des lumières pour celle des pétards, et parce que les élus de plusieurs Etats appellent eux-mêmes à défier cet ordre, au nom des traditions. Certains militants hindouistes ont même réussi à forcer une marque de bijoux à retirer une publicité qui faisait la promotion d’un Diwali sans pétards. Leur argument : cette interdiction est anti-hindoue. Il est sûr que la pollution, elle au moins, ne fait pas de différence entre les religions.

Sébastien Farcis, Libération.fr le 14 novembre 2020