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Une réforme dans l’éducation en Inde délaisse les plus pauvres


 

Etablissant l’éducation comme un droit fondamental, le Right to Education Act rend en théorie l'école gratuite et obligatoire pour les enfants de 4 à 16 ans. Revers de la médaille, cette loi devrait aussi mener à la fermeture de nombreuses écoles dont bénéficient les pauvres.

 


Il existe aujourd'hui 75 000 écoles privées et non reconnues par l'État en Inde
 

Les enfants des quartiers défavorisés indiens n'auront plus accès à l'éducation à petit prix. Voté en août dernier, le Right to Education Act (RTE Act), est entré en vigueur début avril. Au programme, des quotas pour les enfants de familles pauvres dans les écoles de l'État et une éducation obligatoire et gratuite pour ceux âgés de 4 à 16 ans.

 
Au premier abord, cette loi semble cimenter le droit fondamental à l'éducation. Sur le terrain cependant, de nombreuses écoles vont en souffrir. 75 000 écoles privées et non reconnues par l'Etat rendent en effet l'éducation accessible aux enfants pauvres de l'Inde aujourd'hui, pour des frais de 100 à 250 roupies par mois. Dans ces établissements, souvent ouverts par des hommes d'affaires ou des ONG, on parle en anglais.
 
Avec le RTE Act, l'Etat demande désormais à l'ensemble des écoles d'être “ reconnues”. Ce processus est difficile et  couteux. Un établissement scolaire doit verser 50 000 roupies pour avoir le droit d'exercer. Mais les écoles doivent aussi répondre aux attentes du gouvernement en termes d'infrastructure et augmenter les salaires des professeurs. Des coûts que certains établissements privés ne peuvent pas se permettre.
 
La menace du gouvernement de fermer ces écoles persiste. Comment une école dans un bidonville peut elle avoir un terrain de football et payer des salaires d'au moins 20 000 roupies? Si elles doivent mettre ces salaires sur la table, les frais de scolarité vont quadrupler ”, explique au quotidien Mint  Parth Shah, le président du Centre pour la société civile à Delhi.
 
Dans les écoles privées pour les enfants défavorisés, les professeurs viennent eux aussi de communautés pauvres. Ce sont souvent des jeunes hommes et femmes qui enseignent à mi-temps en parallèle avec leurs études. “ Leur salaire est sûrement inférieur au tiers de celui des professeurs de l'Etat mais toutes les études montrent qu'ils travaillent mieux ”, assure James Tooley, professeur en politique de l'éducation et auteur de plusieurs études sur le monde de l'éducation en Inde, en Afrique et en Chine. Payés entre 1 500 et 4 000 roupies, soit 10% à 20% des salaires des professeurs de l'État, les enseignants ont un meilleur niveau, d'après une étude de Pratham, une ONG militant pour l'accès à l'éducation des enfants pauvres.
 
Dans les écoles publiques, 25% des professeurs sont absents en moyenne sur l'année. Un absentéisme qui ne garantit pas un bon niveau d'apprentissage. “ Les parents me disent qu'ils en ont marre de voir que les professeurs ne viennent pas en classe. Et lorsqu'ils sont présents, ils n'apprennent rien aux enfants alors qu'ils sont sous leur responsabilité. Pour combler ce manque, les écoles privées ‘low-cost' bourgeonnent partout ”, déclare James Tooley.
 
L'éducation pour les enfants défavorisés est donc menacée. “  Nous sommes prêt pour une grosse confrontation ”, assure Parth Shah. “ Politiquement, le gouvernement va avoir du mal à fermer les écoles privées à petit prix. Mais les gens devront sûrement payer plus cher pour avoir accès à de meilleures infrastructures, en faisant augmenter les frais d'inscription et en excluant les pauvres du système scolaire”, ajoute-il.
 
Stéphane Stag, Aujourd'hui l'Inde, le 7 juillet 2010