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 Narendra Modi, à Delhi, le 15 août.  PHOTO / REUTERS / ADNAN ABIDI

Narendra Modi, à Delhi, le 15 août.  PHOTO / REUTERS / ADNAN ABIDI

Après l’hommage rendu par le président français à l’enseignant Samuel Paty, une chroniqueuse de l’Indian Express invite le Premier ministre indien à rappeler à son tour les valeurs fondamentales du pays, supposées prévaloir dans le sous-continent.

La décapitation de Samuel Paty “n’a pas fait la une des journaux en Inde”, pas plus que “l’émouvant hommage du président français à cet enseignant lors de ses funérailles d’État”.

Ce constat étonne et déçoit Tavleen Singh, célèbre chroniqueuse à l’Indian Express, pour qui l’Inde, confrontée elle aussi à la menace djihadiste, devrait affronter cette dernière “à la manière d’Emmanuel Macron”. Le chef de l’État français a rappelé la détermination de son pays à “briser le terrorisme et les islamistes, au nom des valeurs fondamentales de la France que sont la liberté, l’égalité et la fraternité”, enseignées aux enfants dans les écoles. La journaliste écrit :

La raison pour laquelle cette histoire est importante pour nous en Inde est que quelque chose de similaire est arrivé à un enseignant du Kerala il y a quelques années. Sa main a été coupée par nos djihadistes locaux parce que ceux-ci se sont opposés à un cours qu’il a donné sur le prophète Mahomet.”

Des valeurs “fondamentales” communes menacées

Dans le sous-continent aussi, les valeurs “fondamentales” de liberté et de laïcité sont menacées par les islamistes comme par “les fanatiques de l’hindutva”, cette idéologie extrémiste qui considère que la nation indienne et la religion hindoue ne font nécessairement qu’une.

Pour l’instant hélas, l’Inde ne réagit au terrorisme islamique que par des représailles, dont se chargent les partisans de l’hindutva mais aussi l’État. Ainsi, récemment encore, le moine radical hindou qui dirige le gouvernement de l’Uttar Pradesh, État le plus peuplé de l’Inde, a invoqué une “conspiration internationale”, après une horrible affaire de viol en réunion sur une jeune femme qui a fini paralysée et est morte quelques jours après à l’hôpital. Par la suite, quatre jeunes hommes musulmans ont été arrêtés “pour avoir participé à ce mystérieux complot”.

Plus de fermeté

Au lieu de laisser faire, le Premier ministre nationaliste hindou, Narendra Modi, devrait “indiquer clairement en quoi l’islam est parfois en conflit avec les valeurs fondamentales de l’Inde” et rappeler que “l’idée primitive du blasphème n’existe dans aucune des religions indiennes”. Ce qu’il faut, conclut la chroniqueuse, c’est “identifier quelles organisations sont responsables de la diffusion de l’idéologie djihadiste à travers l’Inde” pour que des écolières en arrivent aujourd’hui “à porter le hijab dans les salles de classe”.

En Inde non plus, il n’y a de place ni pour État islamique, ni pour son idéologie perverse, ni pour les “sachants” qui profèrent “des bêtises” sur la charia. Il est “regrettable” que ses dirigeants “ne le disent pas aussi clairement que le président français” l’a fait en saluant la mémoire de Samuel Paty.

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Tavleen Singh, The Indian Express.com, in Courrier International le 27 octobre 2020.