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Jeff Bezos d'un côté, l'homme le plus riche du monde, président fondateur d'Amazon ; Mukesh Ambani, réputé le plus riche d'Asie. Les deux hommes d'affaires s'affrontent pour prendre le contrôle du groupe Future, créé par Kishore Biyani, considéré comme le « père du commerce de détail moderne » en Inde.

 Employés d'Amazon à Bangalore

Employés d'Amazon à Bangalore (AFP)

 

La compétition sera féroce. Sur le terrain indien de la distribution et du e-commerce, Amazon et Reliance Industries ont déjà commencé à montrer les muscles. Dernier exemple : le différend qui oppose le géant américain et son partenaire indien Future, après que ce dernier ait passé un accord avec le conglomérat du milliardaire Mukesh Ambani , l'homme réputé le plus riche d'Asie. Depuis la semaine dernière, la presse locale feuilletonne sur la bisbille entre les deux partenaires.

Amazon reproche à Future un contrat passé avec Reliance au mois d'août. « Nous avons initié des démarches pour faire respecter nos droits contractuels », confirme aux « Echos » un porte-parole du groupe de Jeff Bezos, l'homme le plus riche du monde. « L'affaire » étant « en instance », il n'a pas souhaité donner plus de détails.

 

Droits contractuels

L'année dernière, Amazon a accepté, sous certaines conditions, d'acheter 49 % des parts de Future Coupons, une filiale du groupe de Kishore Biyani, considéré comme le « père du commerce de détail moderne » en Inde. Selon Bloomberg, le deal octroyait à Amazon, après un laps de temps, le droit de prendre des parts dans Future Retail, la société phare du groupe spécialisée dans la distribution. « Il est évident qu'Amazon a dû faire inscrire une clause lui permettant de prendre part, en priorité, au business de la distribution car son investissement dans Future Coupons n'est qu'un véhicule, l'objectif était d'investir dans la distribution », analyse Arvind Singhal, à la tête de la société de conseils Technopark Advisors. Jeff Bezos a en effet clairement placé de grands espoirs dans le marché indien, même si sa visite dans le pays au début de l'année n'a pas été de tout repos.

Mais à la fin du mois d'août, Reliance Industries, déjà présent dans la distribution et concurrent d'Amazon, annonçait être parvenu à un accord avec le très endetté Future Group. Les unités de distribution, de vente de gros, de logistique et les hangars de Future deviendraient la propriété de Reliance. L'accord, qui doit encore être approuvé par les autorités de régulation, devrait permettre à Reliance industries d'augmenter sensiblement sa présence physique sur le marché de la distribution, tout en coupant l'herbe sous les pieds d'Amazon et de Walmart par la même occasion.

 

Bataille de géants

Les trois géants se battent pour obtenir une part du marché florissant de la distribution en Inde. Estimé à 1.000 milliards de dollars, les achats en ligne y gagnent de plus en plus de terrain. L'Inde devrait ainsi devenir le marché du e-commerce à la croissance la plus rapide au monde. Le conglomérat de Mukesh Ambani a d'ailleurs récemment lancé sa propre plateforme de e-commerce, JioMart.

Avec des offres dans l'alimentation, les vêtements et l'électronique, elle est en concurrence frontale avec les deux acteurs dominants du marché indien : Amazon et Flipkart, propriété de Walmart. « Si Reliance veut se battre contre Amazon sur le terrain du e-commerce, il doit miser sur son point fort : sa présence dans le commerce alimentaire », juge Satish Meena, analyste chez Forrester Research. « Et la présence physique est extrêmement importante pour vendre de l'alimentation en ligne : à eux deux, Reliance et Future posséderaient 40 % des commerces d'alimentation en Inde », poursuit l'expert.

Une position dominante qui permettrait à Reliance de négocier de meilleurs tarifs que la concurrence. Mukesh Amabani, qui a révolutionné le marché des télécoms en 2016 avec l'arrivée de son opérateur mobile Jio , semble bien décidé à s'attaquer au e-commerce avec la même férocité. Mais ses adversaires sont de taille, et la bataille ne fait que commencer.

Carole Dieterich, Les Échos.fr le 16 octobre 2020.