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La Chine a été accusée par Taïwan d’avoir tenté d’imposer sa censure en Inde après que l’ambassade de Chine à New Delhi ait conseillé aux journalistes d’observer le principe d’Une seule Chine après que les journaux aient diffusé des publicités pour la fête nationale de Taïwan.

 

Quelques mois après des affrontements meurtriers entre les troupes indiennes et chinoises à la frontière himalayenne disputée entre la Chine et l’Inde, la controverse a éclaté à un moment où les sentiments indiens envers la Chine sont négatifs.

Des publicités ont été placées dans les principaux journaux indiens par les autorités taïwanaises pour marquer le 3 octobre, journée nationale de Taïwan et revendiquée par la Chine. La publicité représente une photographie de la dirigeante Tsai Ing-wen et salue l’Inde, comme un partenaire naturel de Taïwan.

La Chine, qui revendique Taïwan, considère ce territoire comme une province rebelle. La Chine a fait part de son mécontentement dans un e-mail envoyé par son ambassade aux journalistes en Inde, dont l’agence de presse Reuters.

« En ce qui concerne la prétendue Journée nationale de Taïwan, l’ambassade de Chine en Inde tient à rappeler à nos amis des médias qu’il n’y a qu’une seule Chine dans le monde et que le gouvernement de la République populaire de Chine est le seul gouvernement légitime. représentant toute la Chine », a déclaré la représentation indienne.

« Nous espérons que les médias indiens pourront s’en tenir à la position du gouvernement indien sur la question de Taïwan et ne violeront pas le principe ‘Une seule Chine’. « En particulier, Taïwan ne sera pas qualifié de ‘pays (nation)’ ou de ‘République de Chine’ ou le chef de la région chinoise de Taïwan de ‘Président’, afin de ne pas envoyer de mauvais signaux au grand public », a écrit l’ambassade de Chine à New Delhi.

Le ministre des Affaires étrangères de Taïwan, Joseph Wu, s’est moqué des conseils de la Chine aux médias indiens. « L’Inde est la plus grande démocratie au monde avec une presse dynamique et un peuple épris de liberté. Mais il semble que la #Chine communiste espère entrer dans le sous-continent en imposant la censure. Les amis indiens de Taïwan auront une réponse : GET LOST! » dit-il dans un tweet.

New Delhi n’a pas de relations diplomatiques formelles avec Taipei, mais Taïwan et l’Inde ont des relations commerciales et culturelles étroites. Le gouvernement indien évite de susciter la colère de la Chine à propos de Taïwan.

Cependant les relations sont devenues tendues après que 20 soldats indiens ont été tués dans un affrontement avec les troupes chinoises en juin, et certains groupes nationalistes indiens ont été appelés à boycotter les produits chinois.

« Le gouvernement chinois se comporte comme un crétin de rue, pas comme une superpuissance en herbe. Il nous menace », a déclaré Nitin Gokhale, rédacteur en chef d’un site Web de défense et de sécurité, après avoir reçu le courrier électronique de l’ambassade de Chine.

Chine Magazine.com le 9 octobre 2020.

 

 

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Source : Chine Magazine.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette intervention auprès des éditeurs de presse indiens est à rapprocher d’un incident qui vient de se produire entre les autorités chinoises et le musée d’histoire de Nantes.

 

La «censure» de la Chine sur un musée français, une pression «contre-productive»

 

La volonté chinoise de contrôler le contenu éditorial d’une exposition consacrée à Gengis Khan au musée d’Histoire de Nantes n’est pas passée inaperçue. L’événement a même été reporté, a annoncé l’institution, dénonçant «une censure». Antoine Bondaz, spécialiste de la Chine, évoque ainsi la création d’un «récit national».

L’Histoire est politique. On l’a vu cet été avec les destructions de statues d’esclavagistes et la dégradation de la statue de Colbert à l’Assemblée nationale par des militants décoloniaux. Ce 12 octobre, le musée d’Histoire de Nantes en a fait l’amère expérience, annonçant le report de l’exposition consacrée à Gengis Khan du fait, non pas de militants, mais de l’interventionnisme des autorités chinoises. L’institution évoque même «une censure à l’égard du projet initial».

Prévue en partenariat avec le musée de Mongolie-Intérieure à Hohhot (Chine), l’exposition, repoussée une première fois à cause de la crise sanitaire, avait été reprogrammée début 2021. Signé de son directeur, Bertrand Guillet, le communiqué du musée a donc exprimé sa volonté de la reporter à 2024.

Celui-ci s’est plaint d’une «injonction des autorités centrales chinoises à faire disparaître de l’exposition des éléments de vocabulaire (les mots Gengis Khan, empire et mongol)», puis d’une «annonce de modification du contenu de l’exposition accompagnée d’une demande de contrôle de l’ensemble de (ses) productions (textes, cartographies, catalogue, communication)». Selon le musée, le nouveau projet «écrit par le bureau du patrimoine de Pékin» comportait des «éléments de réécriture tendancieux visant à faire disparaître totalement l’histoire et la culture mongole au bénéfice d’un nouveau récit national».

Imposer un récit national à l’étranger

Comment expliquer cette pratique des autorités chinoises à propos d’une figure historique mongole du XIIIe siècle? Rappelons que la Chine compte 6,5 millions de Mongols qui habitent principalement en Mongolie intérieure. Le «durcissement», évoqué plus tôt par le musée, fait notamment allusion à une récente politique linguistique de Pékin, qui accroît l’enseignement du mandarin au détriment du mongol. Une annonce qui a déclenché en septembre des manifestations sur ce territoire. Joint par Sputnik, Antoine Bondaz, chercheur à la FRS (Fondation pour la Recherche stratégique) et spécialiste de la Chine, se désole de cette polémique.

«Cela démontre non seulement que Pékin est en train de durcir sa politique vis-à-vis des minorités, avec un objectif clair qui est de créer un nouveau récit national, mais aussi que Pékin cherche à imposer désormais ce récit national à l’étranger.»

Un durcissement rhétorique qui a marqué également la période de crise sanitaire, avec la diplomatie des «loups guerriers», ces jeunes diplomates chinois qui ont adopté un discours offensif face aux critiques occidentales sur l’origine du Covid-19. Lu Shaye, Ambassadeur de Chine à Paris, a provoqué en avril un tollé médiatique en dénigrant publiquement l’Occident. Il a été convoqué au Quai d’Orsay pour s’expliquer. En mars, le compte Twitter de la même ambassade avait suggéré d’éventuelles responsabilités américaines sur le déclenchement de la pandémie.

 

La «politisation de toute coopération»

Rejetant toute volonté d’ingérence ou d’interférence dans les affaires intérieures de la Chine, Antoine Bondaz se veut seulement «critique de ce type de coopération scientifique que la Chine tente d’imposer à l’étranger». Il s’insurge contre ce raidissement qui a pour conséquence «la politisation de toute coopération internationale scientifique et culturelle» afin de mettre en place ce «récit national». Ce qui pose problème pour l’ensemble de la communauté scientifique, poursuit-il, qui se doit de défendre «la neutralité, l’intégrité et la déontologie».

 

Dans le même esprit, le film Mulan, réalisé par Disney notamment au Xinjiang et sorti en septembre 2020, a suscité la polémique, après avoir été accusé d’avoir cédé à la propagande de Pékin. Une injonction qu’a donc refusée le musée. Les remerciements à la fin du film adressés aux autorités du Xinjiang ont également fortement déplu aux ONG, du fait du traitement infligé aux Ouïghours. In fine, le film, critiqué par les internautes chinois, a fait un flop. C’est ainsi qu’Antoine Bondaz juge «contre-productive» cette tentative de politisation des autorités chinoises de l’exposition Gengis Khan, car elle ne traite aucunement des problématiques contemporaines liées à la Mongolie intérieure:

«En cherchant à imposer un nouveau récit national, en cherchant à diluer de fait l’identité mongole et leur histoire, les autorités de Pékin ne font que braquer les projecteurs internationaux sur cette pratique et s’attirent les critiques internationales.»

Reportée à 2024, l’exposition Gengis Khan aura toutefois bien lieu, annonce le musée, mais elle sera «nourrie de collections européennes et américaines». Un exemple de plus du fossé politique grandissant entre l’Occident et la Chine?

Jean-Baptiste Mendes, Sputnik News.com  Le 13 octobre 2020