Blue Flower

 

 

                      L’Inde renforce ses infrastructures à sa frontière sous tension avec la Chine

 

Un avion de combat indien survole la chaîne de montagnes de Leh, dans la région de Ladakh, le 17 septembre 2020. Danish Siddiqui/Reuters

 

L’Inde construit dans l’Himalaya un tunnel à plus de 3 000 mètres d’altitude afin de pouvoir envoyer rapidement des soldats à sa frontière contestée avec la Chine, dans le cadre d’un programme stratégique d’infrastructures pour cette zone où la tension grimpe entre les deux poids lourds asiatiques.

En juin, un affrontement au corps à corps a fait 20 morts côté indien et un nombre inconnu de victimes dans les rangs chinois. Les deux puissances nucléaires s’accusent mutuellement et ont acheminé des renforts massifs.

De son côté de la ligne frontalière, l’Inde a accéléré ses activités, mais elle est en retard, estiment des analystes. Outre le tunnel Atal Rohtang long de neuf kilomètres, des routes, ponts, héliports en altitude et aérodromes pour avions civils et militaires figurent à son programme. Le clou est le tunnel de 400 millions de dollars dans l’État de Himachal Pradesh que le Premier ministre Narendra Modi doit prochainement inaugurer. Il permettra aux convois de passer par tout temps, en évitant la pénible traversée du col de Rohtang, et réduira le trajet à partir de la fin du mois à une dizaine de minutes au lieu de quatre heures.

Embouteillages

« Parfois des véhicules étaient en panne sur la route du col, provoquant des embouteillages de six à huit heures », raconte le lieutenant-général Harpal Singh, chef de l’agence des routes frontalières (Border Roads Organisation, BRO).

« Ce tunnel et les autres projets d’infrastructures changent la donne pour les militaires », confie-t-il. Actuellement, armes, munitions et vivres doivent être transportés avant l’hiver et ses températures chutant jusqu’à -40C°.

Il a fallu une décennie pour percer cet ouvrage ultramoderne, une prouesse technique. Le travail n’était possible que d’avril à septembre en raison des températures hivernales glaciales. Les ouvriers, dotés de puces spéciales en cas d’avalanche, ont dû obturer un torrent venu d’un lac voisin.

Tous ces efforts côté indien ne constituent pourtant qu’un rattrapage de ceux déjà concrétisés côté chinois, soulignent des experts. « Les gouvernements précédents ont perdu deux décennies, observe Harsh Pant, de l’Observer Research Foundation, un think tank de New Delhi. La Chine et ses infrastructures sont bien plus fortes aujourd’hui. »

Le chef de la police du Himachal Pradesh a aussi proposé de renouer avec l’habitude d’entraîner les habitants au maniement d’armes pour se défendre en cas d’invasion. « À terme, à la frontière ou dans l’arrière-pays, les gens devront être entraînés à se défendre », dit Sanjay Kundu. Il préconise aussi d’encourager les villageois à signaler tout espion chinois présumé ou les survols de drones et d’hélicoptères.

Alors qu’un bref conflit avait opposé les deux pays en 1962, le gouvernement espère que cela rassurera les habitants inquiets. « Ces dernières semaines, ils ont vu bien davantage de mouvements d’avions de combat au-dessus de la région, raconte Lobsang Gyaltsen, représentant élu d’un village situé à une trentaine de km de la frontière. Ils se demandent souvent si la Chine attaque. »

La BRO indique avoir construit plus de routes « stratégiques » – la plupart dans les zones sous tension près de la Chine – depuis quatre ans que durant la décennie précédente et compte en achever 15 autres d’ici à fin 2021.

Des ouvriers améliorent les 250 km de la route Darbuk-Shyok récemment terminée le long de la frontière au Ladakh et qui ramène la durée du trajet depuis Leh, le chef-lieu régional, à moins d’une journée au lieu d’une semaine.

Selon des informations de presse, d’ici à octobre, tous les ponts sur cette route pourront supporter le poids d’un char T-90 de 70 tonnes sur une remorque ou d’un camion transportant un missile sol-air. D’autres tunnels en altitude et 125 ponts sont prévus dans les États frontaliers du Xinjiang ou du Tibet – Ladakh, Arunachal Pradesh, Himachal Pradesh, Sikkim.

Hormis son intérêt stratégique, ce programme devrait aussi changer la vie des habitants qui, en hiver, peuvent se retrouver coupés du reste du pays pendant des mois. Il désenclavera en plus l’économie locale et attirera du monde vers ces régions peu peuplées afin, espère le gouvernement, de les rendre moins sujettes aux incursions chinoises.

AFP, in L’Orient le Jour.com (Liban) le 19 septembre 2020.