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Avec les législatives, les Rajapaksa veulent étendre leur pouvoir au Sri LankaAvec les législatives, les Rajapaksa veulent étendre leur pouvoir au Sri Lanka 
© AFP / LAKRUWAN WANNIARACHCHI

 

Le Sri Lanka a commencé à voter mercredi pour élire ses députés, un scrutin au terme duquel le duo exécutif des frères Rajapaksa espère avoir les coudées franches pour pérenniser son emprise sur l'île d'Asie du Sud.

Plus de seize millions d'électeurs sri-lankais sont appelés aux urnes pour ces élections législatives, organisées quatre mois après leur date initialement prévue à cause de la pandémie de coronavirus. Au total, 7.898 candidats sont en lice pour 225 sièges.

 

 

Malgré la menace du virus, des files d'attente se sont formées devant des bureaux de vote avant même leur ouverture à 07H00 locales (01H30 GMT). Des mesures sanitaires sont en place pour tenter d'éviter de possibles nouvelles contaminations, comme le port du masque obligatoire ou la nécessité d'amener son propre stylo.

Le premier électeur à déposer son bulletin a été le président de la commission électorale sri-lankaise, Mahinda Deshapriya, qui a voté dans une école de Colombo. "Je voulais montrer que vous êtes en sécurité en sortant et allant voter. Il n'y a pas de coronavirus dans les bureaux de vote", a-t-il dit.

Le président Gotabaya Rajapaksa et son grand frère Mahinda, actuel Premier ministre et ex-chef de l'État, qui a dirigé le pays d'un main de fer de 2005 à 2015, espèrent remporter une large majorité parlementaire afin d'amender la Constitution en vue d'accroître leur pouvoir.

Une majorité des deux tiers des députés permettrait aux Rajapaksa de revenir sur les changements de la Constitution effectués par l'administration précédente, qui a organisé une décentralisation du pouvoir et limité les mandats présidentiels afin d'empêcher l'émergence d'un nouvel homme fort.

Gotabaya, 71 ans, et Mahinda, 74 ans, veulent ainsi mettre fin à la limite des deux mandats présidentiels, ramener l'appareil judiciaire et policier sous leur contrôle direct et étendre leur pouvoir dynastique à une nouvelle génération du clan.

"Nous allons nous retrouver avec un régime autoritaire élu", déclare à l'AFP l'analyste politique Kusal Perera.

Après cinq ans dans l'opposition, les deux frères ont fait un retour sur le devant de la scène politique insulaire avec l'élection de Gotabaya à la présidence en fin d'année dernière. Celui-ci avait mené une campagne nationaliste axée sur la sécurité dans un paystraumatisé par les attentats jihadistes de Pâques 2019, qui ont fait 279 morts.

'Campagne de peur'

Le nouvel élu a nommé dans la foulée le charismatique Mahinda à la tête du gouvernement. Le patriarche du clan Rajapaksa, défait dans les urnes en 2015 par une coalition d'opposants, était empêché par la Constitution actuelle de se présenter au scrutin.

Bête noire des défenseurs des droits de l'homme et visée par de multiples accusations de corruption et crimes, la famille a gouverné le Sri Lanka sans partage durant une décennie.

Les Rajapaksa jouissent d'une grande popularité au sein de la majorité ethnique cinghalaise pour avoir mis fin en 2009, au prix d'un gigantesque bain de sang, à quatre décennies de guerre civile avec la minorité tamoule, un conflit qui a fait 100.000 morts. Ils soutiennent qu'un retour de la concentration des pouvoirs est nécessaire au développement du Sri Lanka.

"Votez pour notre parti pour relancer l'économie, construire une société disciplinée et emmener le pays dans la bonne direction", a lancé dimanche soir Mahinda à des milliers de partisans lors de ses derniers meetings de campagne.

Selon les défenseurs des droits humains, les intimidations et menaces contre les avocats, militants et journalistes se sont multipliées depuis le retour au pouvoir des Rajapaksa.

"Une campagne de peur s'est intensifiée depuis l'élection présidentielle de 2019, et a jeté une ombre sur la campagne des législatives 2020", a estimé l'ONG Human Rights Watch.

S'il n'y a pas d'enquêtes d'opinion indépendantes au Sri Lanka, les observateurs donnent toutefois le Sri Lanka Podujana Party (SLPP) de Mahinda Rajapaksa grand favori face à une opposition minée par ses querelles internes.

Les premiers résultats sont attendus jeudi soir et les résultats définitifs en fin de journée vendredi.

AFP, in Le Point.fr le 5 août 2020