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En 2011, l’arrivée de Khairiah Saber, troisième épouse du chef d’Al Qaida, dans la planque familiale aurait non seulement provoqué des remous internes, mais également été à l’origine de la localisation des lieux par les forces américaines.

Depuis six ans, près de trente personnes vivaient dans le plus grand secret mais en bonne intelligence autour d’Oussama Ben Laden, dans la grande villa-bunker d’Abbottabad, dans le nord du Pakistan. Parmi elles, deux des cinq épouses du chef d’Al-Qaida, mais aussi huit de ses enfants et cinq de ses petits-enfants. Las, ce bel équilibre aurait volé en éclats début 2011 à l’arrivée de Khairiah Saber.

De nationalité saoudienne, cette psychologue pour enfants est la troisième femme de Ben Laden, qui ne l’a plus revue depuis le 11 septembre 2001. En quelques semaines, sa confrontation avec la Yéménite Amal Al-Sadah, plus jeune épouse et réputée compagne préférée du chef, va tourner vinaigre. Au point que la première nommée aurait mis l’armée américaine sur la piste du terroriste le plus recherché au monde, finalement tué dans l’assaut mené le 2 mai 2011 par les Navy Seals.

C’est cette thèse de la trahison par jalousie que défend Shaukat Qadir, un ancien officier de l’armée pakistanaise. Il a enquêté pour son propre compte et eu accès au compte rendu des interrogatoires menés par l’ISI, les services secrets de son pays. L’hypothèse demanderait à être plus strictement étayée, mais le New York Times y a vu « une porte d’entrée intéressante dans une histoire qui recèle encore de nombreuses zones d’ombre ».

Soupçons de trahison

Desperate Housewives chez les Ben Laden ? Selon Shaukat Qadir, « c’est Khairiah qui a trahi Oussama ». Amal Al-Sadah, alors âgée de 29 ans et mère de cinq enfants, aurait désigné sa rivale comme étant à l’origine du déclic qui aurait provoqué l’intervention américaine. En l’occurrence, l’interception d’une communication téléphonique suffisamment explicite. A contrario, la version officielle de l’US Army indique que c’est après avoir pisté le téléphone d’un lieutenant du terroriste que l’opération aurait été déclenchée.

Installée avec Oussama Ben Laden dans une chambre du dernier étage de l’immense villa, Amal cohabite sans difficulté avec une autre épouse, la Saoudienne Seeham Saber. En revanche, le courant ne passe pas avec Khairiah qui a dû laisser en Iran son fils, Hamza (né en 1991 et dont la mort dans une intervention de l’armée américaine a été annoncée en septembre 2019). C’est lui le petit garçon que l’on voit dans des vidéos de propagande lancer à côté de son père des appels à la guerre contre les Etats-Unis et Israël.

Le fils aîné de Seeham, Khalid, qui sera tué lors de l’intervention du 2 mai 2011, aurait, lui, nourri des soupçons. « Je dois faire une dernière chose pour mon mari », lui aurait répondu, énigmatique, Khairiah Saber. Ben Laden, très affaibli par une maladie des reins – voire « sénile », selon certaines sources – aurait dans les mois précédents suggéré, mais sans succès, à ses épouses de quitter le bunker. Pour les protéger… ou se donner un peu de répit ?

Amal Al-Sadah sera blessée à une jambe et, comme les deux autres femmes, écopera de quarante-cinq jours de prison et 110 dollars d’amende pour entrée illégale sur le territoire pakistanais. Lors des interrogatoires, Khairiah Saber sera décrite par les services secrets pakistanais – qui en ont pourtant vu d’autres – comme « si agressive qu’elle en devient presque intimidante ».

 

Jean-Michel Normand, Le Monder.fr le le 5 août 2020

 

 

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