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Des safaris humains mettent en péril la vie de la tribu Jarawa


 

Dans l'archipel des îles Andaman et Nicobar, la tribu jarawa est victime du tourisme en développement. Pour éviter la disparition probable de tout un peuple, l'ONG Survival International se mobilise.

 


Dans les îles Andaman, le peuple Jarawa risque de disparaître ©Sophie Grig/Survival
 

Ils vivent de cueillette, chassent des cochons sauvages avec des flèches et des arcs. Les Jarawas sont aujourd'hui plus de 300 à habiter dans les petites îles du sud et du moyen Andaman. Cette tribu indigène, qui vivait jusqu'à récemment en retrait, est aujourd'hui gravement menacée par des safaris un peu particuliers. Dans la forêt, ce ne sont pas des animaux que les touristes viennent observer, ce sont des hommes, les Jawaras.

 
Sur son site, entre la farniente sur les plages de sable blanc, la découverte du volcan de boue, les promenade en bateau autour des îles et dans la mangrove, l'agence Offbeat Andaman Vacation propose d'aller rendre visite aux Jarawas. Trois autres agences de voyage proposent actuellement ces safaris humains dans leur panel d'activités.
 
"Vous n'êtes pas supposé entrer en contact ou prendre des photos des Jarawas", prévient le site internet. Une précaution qui n'est pas inutile. Depuis 1956 et la loi sur la protection des tribus aborigènes, les Jarawas sont reconnus comme des individus à part entière. Ils ne doivent donc pas faire l'objet de visites touristiques ou de réclames promotionnelles quelconques. Certains voyagistes ferment cependant les yeux sur le texte.
 
Depuis une dizaine d'année, une route traverse la foret, domicile des Jarawas. Malgré un arrêt de la Cour suprême indienne ordonnant de fermer le passage en 2002, les autorités des îles Andaman et Nicobar ont laissé l'axe de circulation en place. Les jeeps et bus de touristes y circulent en toute tranquillité. Cette route ouvre aussi un nouveau chemin aux braconniers.
 
Plus que de briser la sérénité de la tribu, ces safaris peuvent nuire à la santé des Jarawas. Population recluse depuis des dizaines de miliers d'années, elle possède de faibles défenses immunitaires face aux virus et bactéries étrangères. “ Un simple rhume ou une grippe peuvent leur être fatals ”, explique Sophie Baillon, porte-parole de l'ONG Survival International, qui défend les droits des peuples indigènes dans le monde.
 
"Les Jarawas ont vécu sans problème sur leur île sans aucun contact avec le monde extérieur pendant probablement 55 000 ans, jusqu'en 1998. Aujourd'hui, la route qui traverse leur forêt les expose à de graves dangers en raison des maladies introduites par ses usagers et contre lesquelles ils n'ont pas d'immunité. Ils s'autodénomment Ang, ce qui signifie 'être humain' alors qu'ils sont traités comme des animaux dans une réserve", affirme dans un communiqué Stephen Corry, directeur de l'ONG.
 
Interpellée par le problème, l'organisation a pris les choses en main. Fin avril, elle a envoyé des lettres  à huit agences de voyage concernées par ces safaris inhumains pour leur demander de stopper cette activité. A l'instar de Sky Sketch, Andaman Island Travel ou encore Vicky Tours and Travel, l'agence Barefoot qui avait prévu la construction d'un luxueux complexe hôtelier aux abords de la foret a elle aussi fait marche arrière.
 
"En janvier dernier, le dernier membre de la tribu Bo est décédé. Cette disparition humaine est le fruit d'un long cheminement depuis la colonisation britannique dans les années 1850. La tribu des grand andamanais a beaucoup souffert, parquée dans des refuges, victime d'une politique de déculturation importante ”, raconte Sophie Baillon. Aujourd'hui ce peuple à disparu de la surface de la terre et c'est pour éviter le même sors aux Jarawas que les voix s'élèvent.

 

Stéphane Stag, Aujourd'hui l'Inde, le 23 juin 2010.