Blue Flower

 

 

Donald Trump a annoncé vendredi qu'il allait interdire le réseau social, qu'il soupçonne d'être utilisé à des fins d'espionnage par la Chine. Et les États-Unis ne sont pas les seuls à voir TikTok d'un mauvais œil.

L'application, très prisée par les jeunes, est dans le collimateur de plusieurs pays.L'application, très prisée par les jeunes, est dans le collimateur de plusieurs pays. © AFP / JOHN NACION

Compte à rebours pour TikTok aux États-Unis ? Le président Donald Trump a annoncé vendredi qu'il allait interdire le réseau social, soupçonné par Washington de pouvoir être utilisé par le renseignement chinois. "En ce qui concerne TikTok, nous l'interdisons aux États-Unis", a déclaré Trump à des journalistes à bord de l'avion présidentiel Air Force One. Que se soit pour soupçons d'espionnage, mais aussi des accusations de diffusion de contenus "immoraux"... Dernièrement, l'application est loin d'être en odeur de sainteté dans plusieurs pays

États-Unis : 

TikTok n'est plus le bienvenu aux États-Unis. C'est en tout cas la position de Donald Trump. Le président a annoncé vendredi soir qu'il avait prévu de signer dès ce samedi un décret interdisant l'application sur le territoire américain. TikTok, qui appartient au groupe chinois ByteDance, faisait l'objet d'une enquête du CFIUS, l'agence américaine chargée de s'assurer que les investissements étrangers ne présentent pas de risque pour la sécurité nationale. Des responsables américains ont exprimé ces dernières semaines la crainte que la très populaire plateforme vidéo ne soit utilisée par Pékin à des fins négatives pour les États-Unis.

TikTok a souvent dû se défendre de ses liens avec la Chine, où ByteDance possède une application similaire, sous un autre nom. Elle a toujours nié partager des données avec les autorités chinoises et a assuré ne pas avoir l'intention d'accepter de requêtes en ce sens.  

"Nous ne sommes pas politiques, nous n'acceptons pas de publicité politique et nous n'avons pas d'agenda. Notre seul objectif est de rester une plateforme animée et dynamique appréciée de tous", déclarait mercredi dans une note de blog le patron de TikTok, Kevin Mayer, ancien responsable des plateformes de streaming de Disney : "Tout le secteur d'activité est examiné de près, et avec raison. En raison des origines chinoises de l'entreprise, nous sommes examinés d'encore plus près. Nous l'acceptons et relevons le défi."

En juin, des utilisateurs de TikTok avaient déclaré être en partie responsables des surestimations de l'affluence attendue lors du meeting de campagne de Donald Trump à Tulsa, qui n'avait pas mobilisé les foules malgré les espoirs de l'équipe de campagne du président américain. Sur l'application, des fans de K-pop notamment - la pop sud-coréenne - indiquaient avoir procédé à des inscriptions en ligne gratuites au meeting, sans avoir l'intention de s'y rendre.

 

Le meeting de Donald Trump à Tulsa en juin dernier, que des utilisateurs de TikTok se sont vantés d'avoir saboté.

Le meeting de Donald Trump à Tulsa en juin dernier, que des utilisateurs de TikTok se sont vantés d'avoir saboté. © AFP / NICHOLAS KAMM

 

Inde : TikTok banni après un accrochage entre armées

Finie la musique. Le blocage de TikTok est entré en vigueur le 30 juin dernier en Inde, qui a banni l'application au nom de la sécurité nationale suite à un affrontement militaire meurtrier avec la Chine. Le réseau social figurait en tête de la liste de 59 applications chinoises publiées par New Delhi, qui a ordonné leur blocage sur son territoire pour "assurer la sécurité et la souveraineté du cyberespace indien".  

La décision du gouvernement du Premier ministre Narendra Modi est survenue deux semaines après un rarissime accrochage meurtrier entre les armées indienne et chinoise autour d'un litige frontalier dans l'Himalaya, qui a suscité des appels au boycott de produits chinois. "TikTok continue de respecter la sécurité et le caractère privé des données aux termes du droit indien et n'a partagé aucune information sur nos utilisateurs en Inde avec des gouvernements étrangers, y compris le gouvernement chinois", s'était défendue la branche indienne de la société.

 

Les Indiens représentent un tiers des utilisateurs mondiaux de TikTok.

Les Indiens représentent un tiers des utilisateurs mondiaux de TikTok. © AFP / Himanshu Bhatt

 

Cette interdiction constitue un revers majeur pour TikTok, extrêmement populaire auprès des jeunes Indiens. Des anonymes sont devenus des stars en Inde grâce à leur compte. Avec près de 660 millions de téléchargements dans le pays, selon le cabinet Sensor Tower, l'Inde représente l'un des plus importants marchés à l'international pour TikTok. Selon le cabinet, les Indiens constituent un tiers de ses utilisateurs mondiaux.

Avant-goût du bannissement aux États-Unis ? Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo avait salué le choix du gouvernement indien : cette décision va "renforcer l'intégrité et la sécurité nationale de l'Inde", avait-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Égypte : de jeunes femmes stars de TikTok ciblées par les autorités pour "immoralité"

En Égypte, des jeunes femmes possédant des milliers d'abonnés sur l'application en vogue TikTok sont devenues les dernières cibles des autorités, qui accusent ces influenceuses de propager l'immoralité.  Depuis l'arrivée au pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi en 2014, des centaines de journalistes, militants politiques, avocats, intellectuels ont été arrêtés et des centaines de sites internet bloqués. Le monde très populaire des influenceuses n'a fait l'objet d'une plus grande attention du pouvoir que très récemment en Égypte, où 40% de la population a accès à internet. 

En avril, une étudiante, Haneen Hossam, a posté sur TikTok un clip annonçant à ses quelque 1,3 million de followers que les filles pouvaient gagner de l'argent en travaillant avec elle sur les réseaux sociaux. "La chose la plus importante pour moi est la réputation", soulignait-elle, expliquant que les filles, en fonction du nombre de clics obtenus, pourraient gagner entre une trentaine et des milliers de dollars. Après des allégations d'internautes selon lesquels elle faisait, à travers ce message, la promotion de la prostitution, la police l'avait interpellée le 21 avril.

Lundi, le tribunal du Caire a condamné Haneen Hossam et quatre autres jeunes femmes, qui avaient elles aussi publié sur TikTok des vidéos jugées "immorales", à deux ans de prison. Et mercredi, une autre influenceuse de l'application a elle été condamnée à trois ans d'emprisonnement pour "incitation à la débauche".

L'une des influenceuses de TikTok condamnées par le tribunal du Caire. © AFP / KHALED DESOUKI

 

Pakistan : avertissement lancé à TikTok, accusé de répandre des contenus "obscènes et vulgaires"

L' "immoralité" sur TikTok, c'est aussi le prétexte avancé par le gouvernement pakistanais. En début de semaine dernière, le pays a lancé "un ultime avertissement" à TikTok, afin que l'application supprime de sa plateforme des contenus jugés "immoraux, obscènes et vulgaires". L'autorité de télécommunications du Pakistan (PTA) a annoncé avoir reçu "de nombreuses plaintes" concernant TikTok, et ses effets jugés "extrêmement négatifs sur la société et sur la jeunesse en particulier".   

TikTok est très prisée des jeunes Pakistanais. Mais l'application est controversée dans ce pays musulman profondément conservateur, des critiques l'accusant de diffuser de la pornographie. L'autorité de télécommunications pakistanaise a affirmé avoir demandé à TikTok à plusieurs reprises de "modérer" ses contenus, avant d'envoyer cet "ultime avertissement" et d'exiger que des filtres soient mis en place.

Les pratiques de TikTok scrutées par l'Europe

Il ne s'agit ici ni de bannissement ni de menaces. Mais le Comité européen de la protection des données (EDPB) a annoncé début juin se pencher sur les pratiques de TikTok. Le régulateur européen, qui tenait sa 31e session plénière, a annoncé sa "décision de mettre en place une équipe destinée à coordonner de potentielles actions et à acquérir une vision plus complète des pratiques de TikTok dans l'UE".  

L'instance avait été saisie par l’eurodéputé allemand Moritz Körner, qui se dit préoccupé par les méthodes de collecte de données et les risques en matière de sécurité et de respect de la vie privée.

Louis-Valentin Lopez, avec AFP France Inter.fr le 1er août 2020.