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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Le gouvernement indien va proposer un décret d’urgence contre les crimes d’honneur


 

Après le meurtre de 5 personnes en une semaine à New Delhi, le gouvernement fédéral a décidé qu’il était temps d’agir pour protéger les couples menacés par leur famille ou leur communauté. Et enrayer une tendance inquiétante.

 

 

 

Les crimes d'honneur n'appartiennent plus seulement à l'Inde rurale,  où il est facile d'imaginer et peut-être d'accepter que persistent des traditions ancestrales, loin des centres commerciaux et des restaurants chics des grandes villes. Deux affaires macabres de couples assassinés par leur famille ou leurs belle-famille dans la capitale indienne ont ébranlé le pays ces dix derniers jours, incitant le gouvernement à renforcer la protection pour les victimes potentielles.

Des amendements aux lois existantes comme le code pénal indien (CPI) ou encore le Hindu Marriage Act ont déjà été envisagé, afin de dissuader les Khaps Panchayats, ces "conseils de castes" encore très influents dans les villages du nord de l'Inde, d'exercer leur propre justice concernant les couples jugés "incestueux".

Mais le meutre brutal d'un couple dans le nord de New Delhi par la famille de la jeune femme, qui s'opposait à leur union, puis d'un couple marié à peine une semaine plus tard dans le nord-ouest de la capitale, appellent désormais à des mesures plus concrètes. Afin de prévenir contre les crimes d'honneur et protéger dans l'immédiat les jeunes couples, le gouvernement a prévu de mettre en place un décret aujourd'hui. 

Cette option permet de faire passer immédiatement une loi,  pendant une période maximum de six mois, sans la soumettre au Parlement, lorsque ce dernier est en vacation. Elle pourrait être préférée à l'amendement de diverses lois, par le cabinet des ministres, qui doit se réunir aujourd'hui pour prendre une décision sur la question, selon le quotidien Times of India.

En vue des récents faits divers dans la capitale indienne, le gouvernement est également sous pression après que la cour suprême indienne a interpellé les gouvernements de huit Etats indiens, accusant les autorités d'avoir "misérablement échoué" dans la protection des jeunes couples victimes de la "Justice" des khaps panchayats. L'ONG de défense des droits de l'homme Shakti Vahani avait également dénoncé les mesures "uniquement réactives" des gouvernements régionaux.

Ce nouveau décret devrait incorporer des amendements à la loi déjà mis sur la table par le ministère de la Justice il y a quelques mois. Les personnes ayant participé au dikat, lors d'un conseil de village, incitant au meutre d'un couple "fautif" seront jugées aussi sévèrement que les assassins par exemple. De même, une mention spéciale dans le code pénal indien sera réservée aux décisions prises par les khaps panchayats tels que le boycott ou l'exclusion sociale d'une famille dont le fils ou la fille se serait marié "hors de la norme", ou encore l'humiliation publique.

Pas sûr toutefois, qu'un tel arsenal juridique soit suffisant pour changer les mentalités. Les paroles de l'oncle d'une des trois personnes retrouvées assassinées à Ashok Vihar, dans le nord ouest de Delhi dimanche dernier sont aussi édifiantes que terrifiantes. "Vous considérez peut-être que le meurtre d'un individu est mal, mais c'est nécessaire pour la société. Ces jeunes (les meurtrier présumés, ndlr) ont montré l'exemple", a-t-il déclaré à la presse.

 

 Antoine Guinard, Aujourd'hui l'Inde, le 24 juin 2010.