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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

 

Des iPhone 11 « made in India » sont disponibles depuis quelques jours en Inde. Un moyen pour Apple de prendre ses distances avec la Chine, alors que les relations entre Washington et Pékin s'enveniment. L'Inde, également en délicatesse avec la Chine, savoure la nouvelle.

 

 Jusqu'à maintenant, Apple ne produisait que des appareils d'entrée de gamme en Inde.

Jusqu'à maintenant, Apple ne produisait que des appareils d'entrée de gamme en Inde. (Avishek Das/SOPA Images/SIPA)

 

Depuis le week-end dernier, il est possible de trouver, dans les magasins de New Dehli ou de Bombay, des iPhone 11, le dernier smartphone haut de gamme d'Apple, « made in India ». Il y a quelque temps encore, l'information aurait pu être anecdotique. Il n'en est rien aujourd'hui, alors que les relations de la Chine avec les Etats-Unis, mais aussi l'Inde, connaissent un regain de tensions important.

Pour Apple comme pour New Delhi, l'arrivée sur le marché indien de smartphones fabriqués localement constitue une étape importante. Tant d'un point de vue commercial que politique et diplomatique.

 

Pour New Delhi, un nouveau pied de nez adressé à Pékin

Pour New Delhi, cette montée en puissance de la firme à la pomme est une nouvelle occasion de faire un pied de nez à Pékin. Et ce, alors même que la frontière entre les deux pays, dans l'Himalaya, a été, ces derniers mois, le théâtre de tensions qui ont dépassé la simple confrontation militaire. C'est dans ce climat tendu en effet que New Dehli a banni une cinquantaine d'applications chinoises pour smartphones.

Autre source de contentement pour les autorités indiennes, celles-ci peuvent se targuer d'avoir attiré la production du dernier produit haut de gamme d'Apple. Si la firme de Cupertino a déjà produit par le passé certains de ses smartphones en Inde, il s'agissait d'appareils d'entrée de gamme. De fait, l'iPhone 11 est désormais produit dans l'usine Foxconn de Chennai, où Apple produisait son iPhone XR.

Apple à distance de la Chine

Pour Apple, ce rapatriement de production permet de prendre un peu ses distances vis-à-vis des fabricants chinois. Ce qui est loin d'être négligeable en pleine offensive de Washington contre Pékin. Sans oublier que cette relocalisation de la production permettra également à Apple de contourner une partie des taxes d'importation américaines qui sanctionnent désormais durement les produits venant de Chine.

Mais pour l'heure, cela reste très symbolique : en 2019, alors que la production d'Apple en Chine pesait pour 220 milliards de dollars, celle en Inde n'était que de 500 millions. Mais le mouvement est enclenché et, selon l'« Indian Economic Times », d'ici à cinq ans la marque américaine souhaiterait qu'elle pèse pour 40 milliards.

Pour y parvenir, d'autres modèles pourraient également être rapatriés, et notamment la dernière version de l'iPhone SE qui pourrait à l'avenir être fabriqué à Bengaluru. Tandis que, pour favoriser ses ventes, Apple prévoit de lancer prochainement une boutique en ligne et d'ouvrir son premier magasin physique dans le courant de l'année prochaine.

Un marché indien difficile

Une stratégie de développement qui ne se résume pas aux relations entre les Etats-Unis et la Chine. Comme tous les géants de la tech, Apple rêve du marché indien et de son 1,3 milliard de clients potentiels. Car fabriquer sur place est aussi le meilleur moyen, voire le seul, de pénétrer le marché indien.

Car si le marché chinois n'a jamais été facile, celui de l'Inde ne l'est pas plus. Bien au contraire. L'implantation et la production locale sont bien souvent le seul moyen d'être compétitif, alors que les autorités indiennes, qui ont lancé en 2014 le programme « Make in India », taxent à près de 22 % les produits importés.

Sans oublier que même si New Delhi vient d'annoncer un plan de 6,6 milliards de dollars pour attirer les principaux fabricants de smartphones, les récents déboires des applications chinoises, dont TikTok, dans le pays viennent rappeler que l'Inde reste l'un des pays où l'internet et les nouvelles technologies sont les plus surveillés au monde.

Claude Fouquet, Les Échos.fr le 28 juillet 2020.