Blue Flower

 

 

 

 

La géopolitique a toujours fait bon ménage avec la technologie. D’Angela Merkel à Emmanuel Macron, de Xi Jinping à Donald Trump, chacun rêve de maîtriser son destin par la domestication des électrons de l’atome ou des virus. La reprise en main de Hongkong par Pékin a accéléré le phénomène. Le dernier avatar en est l’annonce par le Royaume-Uni du bannissement de la société Huawei de l’ensemble de ses équipements télécoms d’ici à 2027. Une décision qui doit beaucoup à la pression américaine, qui pousse les Européens à lâcher le chinois. L’affaire de Hongkong a achevé de convaincre Google, Facebook et les autres qu’il n’y avait plus d’espoir en terre chinoise.

Ils reportent donc leurs ambitions sur l’Inde, dont la population dépassera bientôt celle de la Chine. Avec 500 millions d’internautes, elle talonne déjà l’empire du Milieu en termes d’usage et d’adoption du numérique. C’est la raison pour laquelle Google a annoncé, lundi 13 juillet, son intention d’investir près de 10 milliards de dollars (8,7 milliards d’euros) sur les cinq prochaines années dans ce pays. Et, mercredi 15 juillet, il pourrait officialiser un investissement de 4 milliards de dollars dans l’une des stars indiennes du numérique, Jio, jeune opérateur téléphonique fondé par le conglomérat Reliance, l’un des leaders mondiaux du raffinage et de la pétrochimie.

Sous la houlette de Mukesh Ambani, homme le plus riche d’Asie, Jio est devenu, en quelques années, le premier opérateur téléphonique du pays, avec près de 400 millions d’abonnés. Il a développé autour une plate-forme de produits (téléphones) et de services numériques, de la vidéo au shopping, en passant par les services aux entreprises.

D’immenses promesses

Une Silicon Valley à elle toute seule, à la puissance équivalente à celle d’un Alibaba ou d’un WeChat chinois. Pas étonnant que les stars américaines du numérique, en manque d’Asie, défilent en rang serré pour monter dans le train. Facebook, Intel, Silver Lake, Qualcomm et Google s’invitent à son capital. Les promesses sont immenses dans un pays certes moins riche que la Chine, mais dans lequel l’adoption du numérique est tout aussi massive.

Un dernier élément joue en faveur de cet été indien, qui charme les Américains. Les patrons d’IBM, de Google, de Microsoft, d’Adobe sont d’origine indienne, souvent issus des mêmes instituts technologiques. Leur goût pour les chiffres et leur aisance à évoluer dans des environnements complexes et chahutés les ont propulsés au sommet de ces icônes du high-tech. La place idéale pour participer au grand basculement géopolitique du « dragon chinois » vers le « tigre indien ».

Philippe Escande, Le Monde.fr le 15 juillet 2020