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Selon les détracteurs des forces de l'ordre indiennes, les exécutions extrajudiciaires seraient monnaie courante dans le pays.

La voiture qui transportait le criminel Vikas Dubey, tué par des policiers, le 10 juillet 2020. 
REUTERS TV / via REUTERS

 

La police indienne a abattu, ce vendredi 10 juillet, un gangster arrêté la veille au terme d'une grande chasse à l'homme, éveillant des soupçons de nouvelle exécution extrajudiciaire de la part des forces de l'ordre dans le pays.

Âgé d'une cinquantaine d'années, Vikas Dubey faisait l'objet d'une vaste traque depuis l'embuscade tendue la semaine dernière à des policiers venus l'arrêter dans son village d'Uttar Pradesh (nord), au cours de laquelle huit d'entre eux avaient péri. Les autorités avaient alors engagé d'importantes opérations de recherches pour retrouver le suspect et ses complices, en fuite. Cinq associés du gangster ont été abattus durant cette poursuite, qui s'est achevée par la reddition jeudi de Vikas Dubey dans un temple de l'État voisin du Madhya Pradesh.

Selon la police, la voiture transportant le détenu s'est renversée vendredi matin sur une route mouillée par la pluie près de la ville de Kanpur (Uttar Pradesh), et il a alors tenté de s'échapper. «Dubey a été tué dans une fusillade après qu'il s'est emparé du pistolet de nos hommes et a tenté de s'enfuir après leur avoir tiré dessous. Quatre de nos hommes sont aussi blessés», a affirmé à la presse Mohit Agarwal, haut responsable de la police de Kanpur.

Des connexions qui dérangent

Des avocats et défenseurs des droits humains ont immédiatement mis en doute cette version officielle. La tentative de fuite est, selon eux, le prétexte généralement utilisé pour dissimuler une exécution extrajudiciaire en Inde. «C'est le cas le plus flagrant d'exécution extrajudiciaire. Dubey était un terroriste gangster qui méritait peut-être de mourir. Mais la police d'Uttar Pradesh l'a tué pour qu'il se taise», a estimé sur Twitter Prashant Bhusan, avocat à la Cour suprême.

Vikas Dubey était accusé d'être impliqué dans plus d'une soixantaine de meurtres, tentatives de meurtre et autres crimes. Il était notamment soupçonné d'avoir abattu un ministre de l'Uttar Pradesh dans un commissariat de police en 2001. Il a cependant échappé à la prison et développé d'importants réseaux politiques locaux au cours des deux dernières décennies.

«Les gangsters morts ne peuvent pas parler des protections politiques dont ils ont bénéficié», a avancé sur Twitter Nirjhari Sinha, fondatrice d'une organisation de défense des droits humains dans l'État du Gujarat (ouest). Les exécutions extrajudiciaires sont une pratique endémique des forces de l'ordre indiennes, d'après leurs détracteurs. Dans une autre affaire très médiatisée, des policiers ont ainsi abattu l'année dernière quatre hommes accusés du viol et meurtre d'une jeune femme dans le sud de l'Inde.

AFP, in le Figaro.fr le 10 juillet 2020

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