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Depuis la mort de 20 soldats indiens dans un affrontement avec l'armée chinoise le 15 juin dernier, les appels au boycott de produits chinois se multiplient. Mais l'Inde peut-elle se permettre des représailles économiques contre son puissant voisin ?

Le Premier ministre indien, Narendra Modi, s'est adressé à la Nation, mardi.Le Premier ministre indien, Narendra Modi, s'est adressé à la Nation, mardi. (Amit Dave/REUTERS)

 

Cinquante-neuf applications mobiles chinoises, dont TikTok, sont désormais interdites en Inde. Un coup dur pour le très populaire réseau social qui compte environ 120 millions d'utilisateurs actifs dans le pays. Si le gouvernement invoque des raisons de sécurité nationale, cette sévère décision, prise lundi, intervient alors que l'Inde a juré de riposter après la mort de 20 soldats dans un affrontement militaire avec la Chine, le 15 juin dernier .

Depuis cet accrochage aux contours encore flous, les relations entre les deux pays demeurent extrêmement tendues. Les pourparlers se poursuivent mais des milliers de militaires restent déployés le long de la frontière himalayenne disputée.

Appels au boycott du « made in China »

Au sein de la population indienne, les appels au boycott des entreprises et des produits chinois se sont multipliés. Une poussée de fièvre nationaliste s'est emparée des Indiens. Drapeaux, portraits de Xi Jinping et produits chinois ont été brûlés dans les rues du pays. Dans le Gujarat, un homme a été filmé en train de jeter un téléviseur « made in China » par sa fenêtre. A New Delhi, le président d'une association de résidents d'un quartier prisé s'est déclaré « en guerre » dans un message enregistré sur WhatsApp. « Malheureusement, nous ne pouvons pas prendre les armes mais nous avons d'autres moyens. Nous pouvons briser la colonne vertébrale économique de la Chine », a assuré cet ancien militaire à la retraite, appelant les habitants à se débarrasser de leurs biens d'origine chinoise.

Fort sentiment anti-chinois

Mais les relations économiques entre les deux géants asiatiques sont asymétriques. Le déficit commercial de l'Inde avec la Chine s'élève à plus de 50 milliards de dollars. « Le différend frontalier entre les deux pays ne les a pas empêchés de développer des relations commerciales mais aujourd'hui le sentiment anti-chinois est tel que l'impact se fera ressentir en matière de relations stratégiques et économiques », prévient Harsh Pant, chercheur à l'Observer Research Foundation de New Delhi.

Contrôle des investissements étrangers

Economiquement, le gouvernement nationaliste hindou de Narendra Modi semble vouloir compliquer la tâche à la Chine. En avril dernier déjà, il a annoncé que les investissements étrangers des pays voisins seraient désormais soumis à l'approbation du gouvernement. « Cela devrait considérablement réduire les investissements chinois en Inde qui ont atteint 10 milliards de dollars entre 2017 et 2019 », juge Rajiv Biswas, économiste en chef pour l'Asie-Pacifique chez IHS Markit.

Barrières douanières

L'Inde prévoit également d'imposer des barrières douanières à 300 produits chinois, selon l'agence de presse Reuters. Depuis plusieurs jours, des biens en provenance de Chine ont été retenus dans les ports pour des vérifications supplémentaires. Une situation qui inquiète les industriels car elle menace de mettre à mal la chaîne d'approvisionnement, tant l'Inde dépend de la Chine dans certains secteurs clés. Même les gilets pare-balles des soldats indiens sont fabriqués à partir de composés chinois.

Carole Dieterich, Les Échos.fr le 2 juillet 2020

 

 
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