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Des ouvriers transportent des sacs de riz dans une usine, à la périphérie d'Ahmedabd en Inde, le 20 avril 2020. Des ouvriers transportent des sacs de riz dans une usine, à la périphérie d'Ahmedabd en Inde,

le 20 avril 2020. REUTERS/Amit Dave

 

L’Inde est désormais le quatrième pays le plus touché au monde par la pandémie de Covid-19. Plus grave, c’est l’un des derniers grands pays où la contamination progresse encore. Une situation sanitaire compliquée qui freine la reprise.

L’Inde a entamé son déconfinement depuis un mois, mais la reprise est lente. Les usines des zones industrielles hors des villes ont pu reprendre début mai, car le virus était concentré dans les grandes agglomérations. Et cela est resté le cas jusqu’à la mi-mai. Mais les mouvements de population ont alors repris et plus de six millions de travailleurs journaliers, abandonnés sans revenu dans les grandes villes ou les centres industriels, sont rentrés dans leurs campagnes d’origine depuis un mois. Et cela a propagé le virus dans des zones jusqu'alors épargnées.

Cette propagation pose deux problèmes pour la reprise économique de l’Inde. D’une part, il y a un manque de travailleurs dans les usines et d’autre part, les mesures de sécurité se renforcent à cause de l’importante contagion. La grande usine de production textile Ginni Filaments, située dans l’Uttar Pradesh, à 120 km de New Delhi, fait face à ces deux problèmes en même temps.

« Nous opérons à 70% de notre capacité, car nous n’avons pas assez de main d’oeuvre. Si les ouvriers revenaient, nous avons assez de commandes pour opérer à 100%. Mais l’autre problème, c'est que beaucoup de cas de Covid-19 ont été déclarés dans notre zone » raconte le directeur de la section tissage, Balakrishnan Sharma, qui a arrêté de recruter des personnes vivants autour de l’usine pour éviter que le virus se propage dans les locaux.

L’Inde en récession, une première depuis 41 ans

Pour faire face à ce ralentissement, le gouvernement a annoncé un plan de soutien de 243 milliards d’euros mais beaucoup d’économistes sont sceptiques sur son efficacité. Ce plan offre surtout des baisses d’impôts sur les sociétés et facilite l’accès au prêt. Or, l’économie indienne repose sur des millions de petits artisans et de micro-entreprises qui ont tout perdu et ne vont sûrement pas emprunter, même à taux réduits. Les aides directes, qui ne représentent que 10% de ce plan, seraient efficaces pour relancer la consommation mais elles coûtent bien plus chères.

Les prévisions de croissance sont donc très inquiétantes. L’Inde naviguait ces dernières années à un rythme de 4 à 7% de croissance annuelle. Un taux élevé pour l’occident mais nécessaire ici pour absorber les 8 à 10 millions de jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi chaque année et pour aider les centaines de millions de personnes qui vivent encore dans la pauvreté.

Cette crise devrait donc faire entrer l’Inde en récession, un première depuis 41 ans. Avec un PIB qui reculerait de 3 à 4% en 2020, le pays pourrait faire face à des conséquences sociales dramatiques. L’Organisation internationale du Travail estimait en avril que cette crise pourrait plonger 400 millions de travailleurs précaires dans la pauvreté.

Sébastien Farcis, RFI.frle 15 juin 2020