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Le centre de recherche Institute for economics and peace estime à l'occasion de la parution de son rapport annuel que la pandémie pourrait augmenter les risques d'émeutes, grèves générales et contestations.

 

Des soldats turcs patrouillent une ville en Syrie, pays où la quasi-totalité des grandes puissances mondiales et régionales sont impliquées plus ou moins directementDes soldats turcs patrouillent une ville en Syrie, pays où la quasi-totalité des grandes puissances mondiales et régionales sont impliquées plus ou moins directement (Omar Haj Kadour/AFP)

 

Le Covid-19 risque de défaire une dizaine d'années de développement, avertit le centre de recherche international Institute for economics and peace (IEP).

Le confinement durant deux mois de la plupart des pays du monde aura des conséquences économiques, financières et sociales dramatiques, souligne l'IEP, à l'occasion de la parution ce mercredi de son quatorzième rapport annuel sur la paix dans le monde . « Les populations des pays les moins résilients, à dette publique élevée, tissu économique fragile et forte dépendance envers le commerce extérieur, risquent de souffrir considérablement », souligne Serge Stroobants, directeur du bureau européen de l'organisation.

Un risque de troubles civils à grande échelle

De quoi nourrir une instabilité politique et des troubles civils ponctués de manifestations, émeutes, grèves générales, y compris en Europe. La récession pourrait être la pire pour les économies émergentes depuis 1945, et d'ampleur considérable pour les pays riches. Même les pays relativement bien équipés pour faire face, comme les États-Unis, l'Allemagne ou la France, sont déjà confrontés à un mécontentement croissant, précise l'IEP. Parmi les pays occidentaux, l'IEP estime que les moins bien placés face à la tempête post Covid qui s'annonce sont l'Italie la Grèce et la Pologne, tandis que la Norvège serait la mieux placée.

Le président de l'IEP, Steve Killelea, estime que « l'impact économique du Covid va consister en une augmentation du chômage, une hausse des inégalités et une détérioration des conditions de travail ». Avec le risque qu'une partie substantielle des peuples perdent confiance envers les pouvoirs publics.

Un effet paradoxal sur les guerres

En ce qui concerne les conflits purement militaires, la pandémie aura, en revanche, des conséquences plus difficiles à évaluer, résultante de « deux tendances contradictoire à l'œuvre », souligne Serge Stroobants. En effet, si elle risque d'exacerber les conflits sociaux, ethniques ou religieux, en revanche elle pourrait, paradoxalement, avoir aussi un volet positif : les grandes puissances (Russie, Turquie, Iran, Arabie saoudite, notamment) auront, financièrement, moins les moyens d'intervenir dans les conflits dits par procuration. Avec peut-être des conséquences positives en Syrie, l'un des trois grands conflits en cours, avec ceux de Libye et d'Afghanistan

Le Covid-19 survient en outre dans un contexte tendu, souligne l'IEP  ; le nombre d'émeutes, grèves à grande échelle et manifestations augmente régulièrement depuis 2011. Quatre-vingt-seize des 163 pays suivis par l'IEP ont connu des protestations violentes l'an dernier, comme l'ont illustré spectaculairement celles du Chili ou de Hong-Kong. Le nombre annuel d'émeutes a augmenté de 282 % depuis dix ans, et celui de grèves générales de 821 %.

Le rapport classe enfin les pays en fonction de leur stabilité et faible degré de violence, avec l'Islande à la première place, comme tous les ans depuis 2008, devant la Nouvelle-Zélande, l'Autriche, le Portugal et le Danemark. L'Afghanistan est le dernier pays de la liste, derrière la Syrie, l'Irak et le Sud Soudan.

Yves Bourdillon, Les Échos.fr le 10 juin 2020