Blue Flower

 

Le coronavirus plonge le monde dans une récession sévère. Le PIB devrait se contracter de 5,2% cette année. Une chute jamais atteinte depuis la dernière guerre mondiale dit la Banque mondiale. La zone euro devrait voir sa croissance reculer cette année de 9,1%.

Pendant plusieurs semaines, plus de la moitié de la planète a été confinée, laissant les centres ville déserts comme ici à New York le 3 avril .

Pendant plusieurs semaines, plus de la moitié de la planète a été confinée, laissant les centres ville déserts comme ici à New York le 3 avril. (Angela Weiss/AFP)

 

C'est du jamais vu depuis des décennies pour l'économie mondiale. La pandémie du coronavirus qui vient de franchir le cap des 400.000 morts à travers le monde et qui a, au plus fort du confinement, paralysé la moitié de la planète, va conduire cette année à une contraction de 5,2 % de la croissance mondiale. Le double choc de l'offre et de la demande, la désorganisation des chaînes de valeur autant que la mise entre parenthèses de nombreux secteurs ont conduit à « la pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale », précise la Banque mondiale dans ses dernières prévisions. 

Personne n'est épargné , les pays industrialisés payant, avec -7 % attendus, un tribut bien plus lourd que les économies émergentes (-2,5 %). Pour ces dernières, entre les pays dont le système de santé n'était pas suffisamment fort pour absorber le nombre de personnes infectées, ceux qui sont fortement dépendants du tourisme ou de l'exportation de matières premières, le choc subi par la crise du Covid-19 constitue la plus forte dépression depuis plus de soixante ans.

A ce stade, l'organisme de Washington se montre particulièrement pessimiste pour la zone Euro dont la croissance devrait plonger de 9,1 % cette année, soit bien pire que les Etats-Unis, le Japon et la Russie, trois pays où la baisse se limiterait à environ 6 %. La Chine, d'où est partie l'épidémie mais où l'activité a repris dès mars, évite de justesse la récession. Selon les experts de la Banque mondiale, elle pourrait enregistrer une croissance de 1 % cette année ce qui constitue pour elle, malgré tout, la pire performance depuis des décennies. 

Fragilité de l'Amérique latine 

Particulièrement fragile, l'Amérique latine où le Brésil, le Pérou et le Chili sont encore aux prises avec la pandémie, devrait connaître en 2020 une contraction de son PIB de 7,2 %, loin devant l' Afrique sub-saharienne (-2,8 %) et l'Asie du Sud (-2,7 %). Sans grande surprise, l'Asie-Pacifique devrait faire figure de bon élève en limitant la chute de son PIB à 0,5 %. 

Jusqu'à 100 millions de personnes dans la pauvreté extrême

La conséquence immédiate de cette dépression massive, c'est une baisse du revenu par tête (-3,6 %) qui va conduire au basculement dans la pauvreté extrême de millions de personnes à travers le monde. Pour un grand nombre de pays, c'est la première fois depuis 1870 que leur revenu par tête est ainsi entamé. L'impact de la fermeture des écoles dans de nombreux pays risque d'être ressenti à moyen terme. « Ce sont des perspectives particulièrement sombres, les effets de cette crise risquant d'être durables et profonds », a estimé Ceyla Pazarbasioglu, économiste et vice-présidente de la Banque mondiale. « Il est nécessaire de faire front de manière solidaire pour redémarrer sur des bases solides », et éviter ainsi que beaucoup ne basculent dans l'extrême pauvreté a-t-elle insisté. En avril, la Banque mondiale avait estimé que 16 millions de personnes étaient menacées ; elle table à présent sur une fourchette allant jusqu'à 100 millions d'individus a indiqué Ceyla Pazarbasioglu lors d'un point presse. 

Rebond possible en 2021

A moins d'une nouvelle crise, une lueur d'espoir se dessine pour 2021 avec un rebond possible attendu, favorisé par les plans de relance mis en place, à l'image des Etats-Unis . Si, au niveau global, celui-ci devrait se traduire par une croissance de 4,2 %, le redressement de l'activité devrait être particulièrement sensible dans les pays industrialisés (+3,9 %). Les économies en développement devraient, pour leur part, connaître une croissance de 4,6 %, la Chine pouvant retrouver ses niveaux d'avant crise avec +6,9 %.

Mais à ce stade et alors que plusieurs zones dont l'Amérique latine, la Russie ou l'Inde sont encore aux prises avec la pandémie , la Banque mondiale avertit que l'avenir demeure « hautement incertain ». Un scénario plus noir est même envisagé avec une contraction en 2020 de 8 % (-5 % pour les émergents) suivie l'an prochain d'un très léger redressement (+1 %).

Michel De Grandi, Les Échos.fr le 8 juin 2020