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Des deux côtés de la frontière, dans la région du Ladakh, on s'accuse de ne pas respecter le statu quo. Après plusieurs semaines de confrontation, émaillées par des incidents plus ou moins violents, une réunion inhabituelle entre responsables militaires est prévue ce samedi.

 

Depuis le début du mois de mai, des affrontements parfois violents ont opposé soldats chinois et indiens à la frontière

Depuis le début du mois de mai, des affrontements parfois violents ont opposé soldats chinois et indiens à la frontière (Andy Wong/AP/SIPA)

 

C'est une rencontre inédite qui doit avoir lieu ce samedi à la frontière entre l'Inde et la Chine, dans la région himalayenne du Ladakh. Pour la première fois en effet, ce sont des militaires de très haut rang, chinois et indiens, qui doivent se réunir pour tenter d'apaiser les tensions qui n'ont fait que s'aggraver depuis un mois.

Si les réunions entre militaires gradés sont monnaie courante, dans cette partie du monde, elles impliquent rarement des officiers supérieurs. Ce samedi, deux lieutenants généraux sont attendus sur place avec, pour mission, de calmer le jeu dans cette région du monde où les deux armées se toisent de part et d'autre d'une ligne de démarcation qui date de la guerre de 1962.

Trump propose sa médiation

Car ces dernières semaines, et alors que la situation était calme depuis près de trois ans, plusieurs incidents sont venus exacerber les tensions. Au point d'inquiéter les États-Unis et d'inciter Donald Trump a proposé de jouer les bons offices en offrant sa médiation.

« Nous avons informé l'Inde et la Chine que les États-Unis sont prêts, disposés et à même de faire une médiation ou d'arbitrer leur dispute frontalière faisant actuellement rage », a ainsi écrit le président américain sur Twitter. Mais ni New Dehli, ni Pékin, n'ont saisi la balle au bond et semblent donc préférer régler la situation par eux-mêmes.

Des escarmouches dans le Ladakh et le Sikkim

Charge à ces deux officiers supérieurs donc, de trouver le moyen de mettre le holà à des tensions qui sont montées crescendo depuis début mai. A l'époque, en effet, l'hebdomadaire conservateur « India Today » était le premier à rapporter qu'environ 250 soldats chinois seraient entrés sur le territoire indien dans la région contestée du Ladakh. La situation aurait rapidement dégénéré.

« Les militaires indiens et chinois se sont affrontés avec des tiges de fer, des bâtons, et ont même eu recours à la lapidation, dans la région du lac Pangong Tso où des soldats des deux côtés ont été blessés », expliquait de son côté le « Times of India ».

Quelques jours plus tard, d'autres affrontements ont eu lieu plus à l'est de la frontière, dans le Sikkim, voisin du Bhoutan. Selon le « Hindustan Times », 150 militaires étaient impliqués et quatre soldats indiens et sept chinois ont été blessés.

Fait rare, cet affrontement a été rapporté sur les réseaux sociaux par certains de ses protagonistes. Alors que côté indien circulait sur Youtube une vidéo montrant un officier chinois capturé et un véhicule endommagé, côté chinois sont des images de soldats indiens à terre qui étaient diffusées sur WeChat.

Présence militaire accrue

Dans l'absolu les intrusions de chaque côté de la frontière ne sont pas rares. Mais elles se règlent généralement pacifiquement par ce que l'on appelle des « exercices de banderoles ». L'intrus se voit signifié par une série de panneaux écrits dans sa langue et brandis par les soldats du bon côté de la frontière, qu'il s'agit d'une intrusion et qu'il doit repartir. Par contre les violences de ces dernières semaines sont moins fréquentes.

Et surtout, Pékin comme New Dehli auraient dans la foulée déployé des milliers de troupes le long de la frontière, ce qui est plus inhabituel. « L'armée indienne a envoyé des troupes et des armes supplémentaires dans l'est du Ladakh, dans le cadre de sa stratégie visant à repousser avec fermeté le comportement militaire agressif de la Chine », a ainsi expliqué fin mai le quotidien « Times of India ».

Quelques jours plus tard le journal chinois « Global Times » faisait état de manœuvres chinoises qui prévoyaient, dans une région située à 4.700 mètres d'altitude, l'envoi de troupes pour des exercices d'infiltration de nuit derrière les lignes ennemies.

Claude Fouquet, Les Échos.fr le 6 juin 2020.

 
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