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Des migrants de l’intérieur attendent à Ahmedabad (Gujarat, nord-ouest) un train pour rentrer chez eux dans l’État du Bihar, le 24 mai 2020. REUTERS/Amit DaveDes migrants de l’intérieur attendent à Ahmedabad (Gujarat, nord-ouest) un train pour rentrer chez eux dans l’État du Bihar, le 24 mai 2020. REUTERS/Amit Dave

 

Le géant d’Asie est en passe de doubler l’Italie et l’Espagne en nombre de contaminations, du fait notamment des déplacements des migrants de l’intérieur autorisés depuis début mai.

En Inde, l’épidémie de Covid-19 était jusqu’ici essentiellement urbaine. Elle est en train de devenir rurale. Avec la mise en place de trains spéciaux tout au long du mois de mai, dans le but de ramener chez eux les millions de travailleurs journaliers bloqués dans les grandes agglomérations, le virus investit les campagnes du sous-continent. Selon le Times of India, dans son édition du 5 juin :

Le Covid-19 a maintenant trouvé un nouveau terrain de chasse : l’Inde rurale, où l’on signale une forte hausse des cas de contamination.”

Les autorités sanitaires disent que “ce sont principalement les migrants rentrant chez eux qui conduisent à cette augmentation régulière”. Les États concernés, principalement l’Uttar Pradesh, le Bihar, le Jharkhand, l’Orissa et l’Andhra Pradesh, signalent “un bond de la contagion variant entre 30 % et 80 %” en milieu rural.

Une augmentation des cas inexorable

Dans plusieurs régions, “la situation est telle que certains migrants de l’intérieur sont accueillis comme des proscrits”. On leur interdit l’accès aux villages où se trouvent leurs familles et certains commencent déjà “à regretter d’avoir quitté les grandes villes” comme Delhi, Bombay, Jaipur, Bangalore ou Calcutta, car “ils ne peuvent rejoindre les leurs malgré le respect d’une quarantaine” à leur arrivée.

Dans l’ensemble de l’Inde, les chiffres des contaminations continuent d’augmenter inexorablement de jour en jour. Alors que le nombre de nouveaux cas de Covid-19 détectés était d’environ 3000 par jour à la mi-mai, il approche aujourd’hui des 10000 par jour, rapporte l’Indian Express, qui souligne que “plus de 225000 cas sont actuellement recensés dans le pays”. En valeur absolue, l’Inde se rapproche désormais de l’Italie et de l’Espagne.

Avec toutefois une curiosité, car “20 % des cas se trouvent dans la seule ville de Bombay”. La réalité est peut-être bien pire dans la capitale économique du pays, car le nombre de tests qui y sont réalisés quotidiennement ne s’établit qu’à 4000 en moyenne depuis un mois, alors que le système de santé “est en mesure d’en réaliser 10000”.

Mint a fait les comptes : cette semaine, le nombre de contaminations “a augmenté de 19 %” et le nombre de morts “de 18 %”. Les victimes sont désormais plus de 6300 au total. “Compte tenu du taux de croissance observé sur les quinze derniers jours, l’épidémie devrait avoir frappé 300000 personnes” d’ici à jeudi prochain, 11 juin, prédit le journal économique. L’Inde est donc en passe de devenir le quatrième pays le plus touché au monde, derrière les États-Unis, le Brésil et la Russie.

Guillaume Delacroix, Courrier International.com le 5 juin 2020