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Ici une photo du monastère de Stakna, dans la région himalayenne du Ladakh, à l'extrême nord de l'Inde (image d'illustration).Ici une photo du monastère de Stakna, dans la région himalayenne du Ladakh, à l'extrême nord de l'Inde (image d'illustration). [Cathal McNaughton - Reuters]

 

Depuis plusieurs semaines, des frictions entre des troupes chinoises et indiennes ont été répertoriées dans la région du fleuve Galwan au Ladakh, située sur la chaîne de l'Himalaya. Au cours des derniers jours, la tension est encore montée d'un cran et les deux pays s'accusent mutuellement d'avoir franchi cette frontière qui reste historiquement litigieuse, faisant craindre une escalade.

C'est une situation qui semble avoir en partie été éclipsée par la crise sanitaire liée au coronavirus mais qui pourrait avoir d'importantes conséquences géopolitiques entre l'Inde et la République populaire de Chine. Depuis le début du mois de mai, New Dehli et Pékin s'accusent d'avoir franchi leur frontière respective dans les hauteurs de la région du Ladakh, située dans l'Himalaya occidental.

Il y a deux semaines, dans la région du Sikkim (est de l'Inde), des militaires des deux nations ont aussi été blessés dans des affrontements à coups de poings et pierres dans un autre secteur frontalier.

Cette relation conflictuelle entre les deux pays n'est pas nouvelle. Elle remonte au moins à la fin des années 50 lorsque l'armée chinoise décide de pénétrer dans le Ladakh pour y établir une route qui reliera la région autonome du Xinjiang à l'Aksai Chin, dans le nord-ouest du plateau tibétain, aux confins de l'Inde, de la Chine et du Pakistan.

La confrontation ira même jusqu'à une courte guerre en 1962, qui fera près de 2000 morts et qui verra les troupes chinoises s'emparer de l'Aksai Chin et du futur Etat indien de l'Arunachal Pradesh, qui sera ensuite restitué. Depuis cette date, New Dehli continue à revendiquer l'Aksai Chin et Pékin l'Arunachal Pradesh.

Des désaccords qui persistent

Près de 60 ans plus tard, ce différend n'est toujours pas résolu. Au mois d'avril 2005, un accord censé établir une ligne de démarcation définitive a été trouvé mais il n'a jamais eu l'effet escompté. Au cours de la décennie suivante, l'Inde a ainsi dénoncé plusieurs centaines d'incursions chinoises en territoire indien et les deux pays ont vu, année après année, leurs infrastructures militaires se développer fortement dans cette région de très hautes montagnes.

Au cours des dernières années, des accrochages entre les forces chinoises et indiennes ont également été documentés aux abords de la frontière, faisant toujours craindre l'escalade entre les deux puissances. Mais cette année, les accusations indiennes semblent plus graves, bien que la situation reste encore floue.

Une situation encore floue

Depuis quelques jours, la presse indienne se fait l'écho d'incursions chinoises qui seraient, selon plusieurs experts, une réponse à la construction de routes et de pistes d'atterrissage indiennes près de la ligne de démarcation.

Au cours des dernières années, New Dehli a en effet modernisé ses infrastructures aux abords de la frontière, ce qui permettrait à terme à ses soldats d'atteindre plus facilement cette zone, géographiquement hostile du fait de l'altitude.

Sur la toile, les accusations sont nombreuses et diverses. Ajai Shuka, un colonel indien à la retraite et désormais consultant pour le Business Standard, l'un des plus grands quotidiens indiens de langue anglaise, estime qu'il y a actuellement près de 10'000 soldats chinois sur le sol indien.  De leur côté, les médias chinois sont plus discrets mais le Quotidien du Peuple explique que les forces indiennes ont franchi la ligne de démarcation et construit des fortifications à même de perturber la bonne marche des patrouilles chinoises.

A l'heure actuelle, il reste toutefois extrêmement difficile de corroborer ces informations car la zone n'est pas pas accessible. Les développements parviennent sous la forme de propos d'officiels qui, la plupart du temps, requièrent l'anonymat.

Le risque de l'escalade

Au cours des dernières années, l'Inde et la Chine ont toujours réussi à limiter la portée de ces confrontations, mais le risque de l'escalade n'est jamais exclu.

Si ces deux puissances nucléaires n'ont pas d'intérêt à entrer en conflit ouvert, les agendas nationalistes de Xi Jinping et Narendra Modi semblent les limiter dans leur capacité à faire des concessions, sous peine d'apparaître comme "faible" sur la scène politique nationale.

La promiscuité des troupes chinoises et indiennes fait aussi craindre depuis de nombreuses années un accrochage qui tournerait mal et qui, de représailles en représailles, se transformerait en un conflit beaucoup plus sérieux.

Tristan Hertig, RTS.ch (Suisse) le 27 mai 2020

 

 

Donald Trump propose sa médiation

Le président américain Donald Trump a proposé mercredi sa médiation dans la confrontation en cours entre armées indienne et chinoise dans des zones frontalières disputées de l'Himalaya.

"Nous avons informé l'Inde et la Chine que les États-Unis sont prêts, disposés et à même de faire une médiation ou d'arbitrer leur dispute frontalière faisant actuellement rage", a déclaré Donald Trump sur Twitter.

Des frictions entre des troupes chinoises et indiennes ont été répertoriées dans la région du fleuve Galwan au Ladakh