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Lancée par le gouvernement pour contrôler la pandémie, Aarogya Setu a été téléchargée par près d’un Indien sur dix. Mais la gestion des données qu’elle collecte et leur utilité posent question.

 

Un habitant de New Delhi utilisant Aarogya Setu, l’application made in India de pistage du Covid-19.

Un habitant de New Delhi utilisant Aarogya Setu, l’application made in India de pistage du Covid-19.
| NURPHOTO VIA AFPAfficher le diaporama

 

107 millions. C’est l’impressionnant nombre de téléchargements d’Aarogya Setu, l’application de traçage du Covid-19 lancée en Inde, le 2 avril. Objectif :  Identifier les personnes qui peuvent avoir été en contact avec un patient positif sans le savoir , explique Abhishek Singh, directeur de Mygov, le département numérique du gouvernement.

L’utilisateur est appelé à renseigner son état physique et ses déplacements.  L’application, basée sur la technologie Bluetooth, calcule ensuite votre risque d’infection, selon votre proximité avec les autres usagers », détaille Abhishek Singh.

Obligatoire pour les employés

Aarogya Setu a néanmoins des spécificités. Son téléchargement a été rendu obligatoire pour tous les employés.  Les autorités médicales m’ont ordonné de l’installer et toutes nos patientes doivent l’enclencher dans notre clinique , témoigne Neha Behl, gynécologue à Dehradun (nord). De plus, l’appli utilise aussi le GPS des smartphones et enregistre des déplacements des usagers.

Pour ses concepteurs, c’est ce qui lui permet d’être efficace.  22 865 patients à risques ont été identifiés via l’application et 24 % se sont révélés positifs au Covid-19. Comparez à la moyenne de 4 % sur 2 millions de tests effectués en Inde : c’est la preuve que l’analyse de données aide à contenir la pandémie , se félicite Abhishek Singh.

Un logiciel de surveillance de masse ?

Pour ses détracteurs, Aarogya Setu serait un logiciel de surveillance de masse. Le Massachusetts Institute of Technology américain souligne qu’elle collecte plus de données que nécessaire.  En Inde, nous n’avons pas l’équivalent de la Cnil française (Commission nationale de l’informatique et des libertés) et aucune garantie sur l’utilisation des données , déplore Apar Gupta, de l’ONG Internet Freedom Foundation (IFF).

Un hacker français, Elliot Alderson, a dévoilé des failles de sécurité.  L’appli a depuis été mise à jour, dit-il. Mais il faut rester prudent : le secret médical est un droit ! 

Des statistiques biaisées

Pour Apar Gupta, l’efficacité même de l’appli pose question.  Combien de personnes l’utilisent vraiment ?  Plusieurs employés confient, sous anonymat, l’avoir supprimée, pour préserver leur vie privée ou simplement pour économiser leur batterie.  En Inde, 40 % seulement de la population dispose d’un smartphone. Les statistiques que l’on obtient sont donc biaisées , objecte aussi le directeur de l’IFF.

Preuve que ces critiques ont porté, depuis lundi 18 mai, le gouvernement n’oblige plus le téléchargement, mais se contente de le  conseiller fortement  aux employés.  Il n’y a pas de problème de confidentialité, nous avons juste voulu clore la polémique , justifie de son côté Abhishek Singh, le directeur de Mygov.

Côme Bastin, Ouest-France.fr le 22 mai 2020.