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Le deuxième pays le plus peuplé au monde, à l'arrêt depuis le 25 mars, a annoncé la prolongation du confinement de deux semaines et divisé le pays en trois zones en fonction des risques sanitaires.

 

À Pondichéry, on veut croire que des rondins en guise  de barricade empêcheront les étrangers de circuler.

 

Les photos de policiers indiens portant des casques en forme de virus ont fait le tour du monde. Malgré la variété des punitions infligées aux réfractaires, la mission reste la même pour tous: enrayer la propagation du Covid-19.

Après près de six semaines de strict confinement, le deuxième pays le plus peuplé au monde, avec plus d'1,3 milliard d'habitants, compte 52.987cas enregistrés et déplore 1.323 décès (1). Tous les jours, plus de 2.000 nouveaux cas de contamination seraient enregistrés. Alors que certains remettent en cause ces chiffres étrangement bas, le gouvernement, lui, se félicite de la gestion de la crise sanitaire. Il n'a effectivement pas lésiné sur les moyens: depuis le 25 mars, tout le pays est à l'arrêt. Tous les transports ont été immobilisés au plus grand désespoir de millions de migrants intérieurs qui n'ont pu rejoindre leurs villages, provoquant des scènes de chaos, notamment dans la capitale, New Delhi.

Le 14 avril, le gouvernement annonçait la première prolongation du confinement. Face aux risques de réactions, il a décidé d'alléger les restrictions dès le 20 avril pour certains secteurs d'activité comme celui de l'agriculture - le pays compte plus de 450 millions d'agriculteurs - ou pour les commerces de proximité. Le premier ministre indien, Narendra Modi, s'est alors dit conscient de la difficulté de la situation, en particulier pour les populations les plus pauvres.

La faim parfois pire que le virus

Les habitants des célèbres slums (2) de Bombay, de Delhi ou de Calcutta occupent des emplois précaires, payés au jour le jour. Ces travailleurs font partie du secteur « informel » très courant en Asie. En Inde, il représente entre 85 et 90% de la population, soit 50% du PIB. Cet arrêt économique dû au coronavirus fragilise plus que jamais cette population. Certains redoutent d'ailleurs plus la faim que le Covid-19.

La deuxième prolongation annoncée le 1 mai n'a rien arrangé. Deux semaines supplémentaires de confinement depuis le 4 mai, soit désormais jusqu'au 17 mai. Comme en France, le gouvernement a présenté une cartographie du pays: le rouge pour les foyers infectieux tels que Bombay ou Delhi, l'orange pour les districts où le nombre de cas est limité tels que le Kerala, et le vert pour les États où aucun cas n'a été recensé à ce jour tel que Goa. Ainsi, certains États espèrent recommencer à « vivre » quasi normalement. Néanmoins, tous les transports aériens nationaux et internationaux restent suspendus. Les écoles, lieux de culte et restaurants restent également fermés.

Beaucoup spéculent sur la date définitive du confinement tandis que d'autres s'impatientent. Comme à leur habitude, les Indiens ne manquent pas d'imagination pour stopper le virus. À Pondichéry, certains habitants ont barricadé les routes à l'aide de troncs d'arbres afin qu'aucun étranger ne puisse circuler. À Delhi, des dévots hindous se sont rassemblés afin de boire de l'urine de vache « sacrée ». À Mumbai, dans le bidonville de Dharavi, les habitants n'osent plus sortir de chez eux.

Les prolongations de confinement renforcent les profondes inégalités déjà présentes dans le pays aux millions de dieux.

 

Texte et photo, Ilham Mraizika, Centre-Presse.fr (Quotidien de la Vienne) le 9 mai 2020.

 

(1) Chiffres à date du 4 mai en Inde.    
(2) Taudis.