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Faut-il investir en Inde en 2010?


 

Depuis quelques années, les relations entre le nord et le sud se sont intensifiées. Augmentation des Investissements directs à l'étrangers (IDE) vers les pays asiatiques, explosion des marchés de la consommation dans ces mêmes États... Pour les Européens l'Asie, dont l’Inde, est devenue incontournable.

 

 

L'Inde est la troisième destination des IDE en 2009 d'après le rapport du World Investment Prospectus Survey. Elle devrait rester dans le top cinq durant les deux prochaines années, les investissements y connaissant une explosion fulgurante. Entre 2008 et 2009, ils ont augmenté de 60% pour égaler les 1,74 millions de dollars en novembre 2009, selon le département de la promotion de la politique industrielle.
 
Avec une croissance annuelle avoisinant les 8%, contre environ 1,5% pour l'Europe, investir sur le sous-continent est une affaire pour les entreprises européennes. “ Ce marché même quatre fois plus petit (en parité de pouvoir d'achat) va représenter un gain de croissance double de celle de l'Union Européenne en valeur absolue. D'autant qu'il faut aussi le prendre pour un investissement dans la durée, disons sur les dix prochaines années ”, affime Jean-Joseph Boillot, auteur de L'Économie de l'Inde (La Découverte 2009) et co-fondateur du Euro-India Group (EIEBG).
 
Misant sur cet environnement favorable, de nombreuses entreprises européennes mettent un pied sur le sous-continent. On comptait pour l'année 2009-2010, plus de 32 fusions et acquisitions européennes en Inde, soit 2,167 millions de dollars, contre seulement huit en 2008. “ L'Inde est un marché qu'aucune entreprise ne peut ignorer dans sa stratégie, que ce soit pour son potentiel manufacturier, qui permet des prix peu élevés, ou pour son marché de consommateur pour les ventes ”, assure Michael Enderle, le président de la chambre de commerce Suisse en Inde.
 
Forcées de sortir des sentiers battus, les firmes européennes doivent s'adapter à de nouveaux business plans et faire face à un marché dans lequel ils sont novices: des milliards de personnes qui n'ont pas le même pouvoir d'achat qu'en Europe. Dans cet optique, L'Oréal a lancé une gamme de produit en dosettes distribué à très grande échelle.
 
Mais quelles sont les causes de cette ruée européenne? Pour la plupart des entreprises, les faibles coûts de production, le capital humain du pays et l'essor du marché indien sont des avantages non discutables.
 
Les infrastructures rentrent elles aussi en compte. Bien que le sous-continent reste aujourd'hui sous-équipé, les paris sont à prendre pour les entreprises étrangères. Un avis que partage M. Boillot. “ Tout est à faire, quasiment, dans un pays qui reste largement rural mais qui est rentré clairement dans sa grande transformation socio-économique. Il suffit de mentionner les infrastructures routières, ferroviaires, portuaires ou énergétiques pour comprendre l'enjeu d'équiper plus d'un milliard d'habitants. ” 
 
L'enjeu technologique est aussi une raison de s'installer en Inde. Sur le sol indien, les firmes européennes bénéficient d'un avantage technologique majeur par rapport aux entreprises indiennes. Autre point important, sa situation géographique, au carrefour de l'Afrique et de l'Asie. Celle-ci permet de réduire le risques d'une trop grande dépendance au marché chinois, d'atteindre l'Asie du sud-est et d'être présent en Afrique, continent en plein essor.
 
De plus, la plus grande démocratie du monde détient le leadership des services informatiques. Dans la nouvelle architecture industrielle, les technologies de l'information tiennent un rôle important. Avec la moitié des effectifs mondiaux de ce secteur, l'Inde est une des plaques tournantes des grandes entreprises mondiales. 
 
L'Europe restera présente sur la scène industrielle mondiale si elle réussit cette mutation de l'industrialisation des services. Or c'est en Inde qu'elle se joue, et en partie en raison justement de cette offre abondante de jeunes à la qualification moyenne, encadrés par des ingénieurs pointus, à la disposition d'esprit faite pour manipuler l'information, et bien sûr à un coût cinq à dix fois inférieur à ceux de l'Europe ”, explique  Jean-Joseph Boillot.
 
Une nécessité d'adaptation dans un marché en pleine éclosion est cependant indispensable. Malgré tout ce qu'elle offre, l'Inde reste un pays en développement. “ Les procédures sont assez fastidieuses, selon les secteurs, mais on peut surmonter les obstacles avec l'aide de consultants ou de partenaires locaux ”, affirme M. Enderle.
 

Stéphane Stag, Aujourd'hui l'Inde,  le 9 juin 2010.