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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

Le blocus coupe toujours le Manipur du reste de l’Inde


 

Le 11 avril dernier,  des étudiants proches des séparatistes nagas, ont lancé un mouvement d'opposition contre le gouvernement du Manipur. Depuis, la principale route d’approvisionnement de l’Etat est bloquée, affectant gravement l’économie et la vie des habitants de la région.

 

 
 
 
 
 

Il y a près de deux mois, l'autoroute 39 a été bloquée à la suite d'un mouvement de l'ASAM (All Students' association, Manipur), des étudiants proches des rebelles indépendantiste naga de l'Etat.  Leur revendication: un amendement au Manipur Autonomous District Concil Act, loi qui nuirait à la sécurité des peuples tribaux dans l'état de l'Est, et une plus grande autonomie pour les conseils locaux.

 
Seul itinéraire de ravitaillement de l'Etat de Manipur, l'autoroute 39, véritable ligne de vie de l'Etat, ne laisse plus aucun camion traverser. Face à la pénurie, un convoi de 97 véhicules, sur 306 bloqués à la frontière, avait décidé d'emprunter la route NH 53. La réponse n'a pas tardé à arriver : le passage a lui aussi été coupé quelques heures plus tard.
 
Les manifestations de ce genre font partie intégrante de la vie dans cet Etat du nord-est indien, en proie à des mouvements indépendantistes depuis soixante ans. Entre 2004-2005 et 2006-2007, une étude menée par le gouvernement de Manipur  a recensé 110 grèves générales et plus de 234 blocus. Ces évènements font la perte financière du pays. Pendant ces mêmes périodes, l'Etat aurait perdu la somme de 1,320 crore ( environ 230 millions d'euros).
 
Dans les premiers jours des blocus économiques, les pertes ne sont pas très importantes, peut être 1 crore environ parce qu'il y a des stocks. Cependant si ça persévère, il y a un réel impact sur l'économie. Au bout de 50 jours de blocage, les pertes se chiffraient à 15-20 crores ( environ 2,6 millions d'euros). En termes de croissance, cela signifie un ralentissement de 1,5-2% ”, a déclaré à l'Indian Express, le Professeur Amar Yumnam, du département économique de l'Université de Manipur.
 
Coupés du monde, les habitants de Manipur regardent le temps passer avec désespoir. 1 kg de riz coute aujourd'hui 150 à 200 roupies ( environ 2,6 euros), un sac de ciment 600 roupies (environ 10 euros) contre 350 il y a quelques semaines. La région est au point mort. Les constructions sont laissées à l'abandon, les écoles fermées.
 
La pénurie d'essence, est particulièrement cruelle pour les habitants du Manipur, surtout pour ses agriculteurs qui craignent pour leurs récoltes malgré une mousson favorable. Le litre est de plus en plus cher et de plus en plus rare. Alors que les bus scolaires ont été forcé de stopper toute activité, les transports en commun ont doublé leurs tarifs. Dans les stations services, alors que les réserves s'épuisent lentement, les queues d'automobilistes n'en finissent pas. 4 km d'attente pour faire le plein, c'était encore l'époque où on pouvait rouler. Aujourd'hui, utiliser des moyens de locomotion alternatifs paraît nécessaire. Le marché noir qui se développe ne permet pas pour autant de faire face à la crise.
 
S'adapter pour survivre. Dans les hôpitaux aussi, c'est le chaos. Le manque d'essence, de gaz et de médicament, ne permettent pas aux installations d'accueillir les malades et les blessés. “ Mon personnel a du mal à se rendre sur son lieu de travail. Les bus ont cessé toute activité la semaine dernière à cause de la pénurie d'essence et de diesel ”, explique Dr. Y. Mohen, intendant à l'hôpital RIMS. Un centre hospitalier a besoin de 1000 litres de diesel chaque jour pour tourner. Mais avec le blocus, les services de base ne sont plus à même de fonctionner.
 
Pour mettre fin à 60 ans d'insurrection, des négociateurs du gouvernement ont entrepris la semaine dernière des pourparlers avec le conseil national socialiste de Nagaland de Isak Muivah. En attendant, le blocus continue d'asphyxier lentement la population du Manipur.

Stéphane Stag, Aujourd'hui l'Inde, le 8 juin 2010.