Blue Flower

Comment sauver son patrimoine historique et culturel : le casse-tête indien


 

L’Inde est un foyer de civilisations parmi les plus anciennes au monde. Royaumes, empires et dynasties se sont succédés à sa tête, léguant chacun un précieux héritage historique, culturel et architectural, que le pays a pourtant bien du mal à conserver et faire perdurer aujourd’hui.
 

 


Le patrimoine de l'Inde est vieux de plus de 2000 ans
 

assiégé par les habitations, Hauz Khas abrite de nombreux monuments historiques
 
 

L'été approche à grands pas. L'Inde est une destination privilégiée pour ceux qui recherchent aventure, culture, histoire et dépaysement pour leurs vacances. Le pays compte en effet 27 monuments classés au Patrimoine Mondial de l'Unesco, du Fort Rouge au Taj Mahal d'Agra, des sculptures suggestives de Khajurâho aux grottes millénaires d'Ajanta et Ellora.

Les futurs baroudeurs doivent cependant être avertis : ils ne sont pas à l'abri de croiser, lors de leurs pérégrinations mouvementées dans la campagne indienne, un monument laissé à l'abandon, littéralement dévoré par la végétation sauvage. Ils tomberont aussi certainement, au détour d'une ruelle bondée en plein centre ville, sur un autre vestige du passé à moitié démoli et enseveli sous la nouvelle jungle urbaine.

Aucune surprise ; l'Inde, qui possède un patrimoine parmi les plus riches du monde, parfois âgé de plus de 2000 ans, connaît aussi de très grosses difficultés pour s'en occuper, le restaurer et le protéger.

Dans le sud de New Delhi, la petite enclave nommée Hauz Khas en est un exemple. Elle abrite une mosquée, des tombes et un séminaire islamique dont la construction remonte au XIIIème siècle. Pourtant, l'endroit est assiégé par de nouvelles habitations qui poussent comme des champignons aux alentours immédiats, violant ainsi la loi de 1958 sur les monuments anciens, sites et restes archéologiques, selon laquelle le périmètre de cent mètres autour d'un site est déclaré zone interdite.

Les stupas, temples, monolithes, monastères, forts et autres, disséminés partout dans le pays, doivent donc faire face aux affres d'une démographie explosive et urbanisation galopante. Ils endurent également des conditions climatiques de plus en plus extrêmes, et sont régulièrement pollués par des visiteurs, qui y inscrivent leurs graffitis, jettent leurs bouteilles d'eau et papiers d'emballage. Enfin, après avoir été vidés et pillés dans le passé, l'intérieur de certains monuments est recouvert de ciment blanc, une restauration sauvage qui bafoue un précieux héritage.

Pour tenter d'adresser tous ces problèmes, la loi de 1958 a été de nombreuses fois modifiée, sans pour autant apporter l'effet escompté. La dernière notification a été effectuée le 23 janvier dernier. La peine maximale de prison a par exemple été élevée de trois mois à deux ans, et l'amende de 5 000 à 100 000 roupies (90 à 1740 euros) pour quiconque détruit, déplace, altère, utilise ou encore met en péril un bien historique.

Mais même ces nouvelles mesures ne semblent pas adresser le vrai défi posé aujourd'hui. L'Archaeological Survey of India (ASI), département gouvernemental attaché au ministère de la Culture, gère plus de 3600 vestiges du passé. Alors qu'aucun recensement officiel n'a encore été effectué, on estime néanmoins à 700 000 le nombre de monuments laissés sans protection dans le sous-continent.

D'autre part, même si l'ASI possède d'admirables compétences techniques, il est pauvrement équipé pour faire face aux complexités de la conservation. L'exemple de la politique du Royaume-Uni pour la préservation et protection d'un monument démontre qu'elle est efficacement accomplie si elle se déroule à trois niveaux : la région, la zone locale et le site en lui-même. Cette approche place en effet le souci de conservation au cœur d'un système efficace, raccordé à des projets de développement, et qui implique les communautés locales en s'assurant que les autorités civiles veillent au bon respect de la mise en œuvre.  

Le chemin semble donc encore long avant que l'héritage légué par le passé soit correctement pris en charge. L'Inde émergente prend lentement conscience de l'importance de protéger son histoire, un potentiel énorme qui pourrait pourtant propulser le pays parmi les destinations les plus en vues du tourisme mondial dans les prochaines années.  

 

Carmelina Bellini, Aujourd'hui l'Inde, le 7 juin 2010.