Blue Flower

 

TOPSHOT-INDIA-HEALTH-VIRUS

Un travailleur prépare des lits pour accueillir des malades dans le complexe sportif de Sarusajai, à Guwahati . PHOTO AFPUn

 

C’est la politique du désespoir qui anime l’Inde ces jours-ci. Le gouvernement a décrété trois semaines de quarantaine à l’échelle du pays. Une mesure qui dans le contexte particulier de l’Inde risque d’accélérer la diffusion du nouveau coronavirus, plutôt que de la ralentir. 

 

Le nombre de cas de COVID-19 dépasse le millier. Mais les chiffres officiels ne veulent pas dire grand-chose étant donné le faible nombre de tests qui ont été réalisés. 

L’Inde, avec ses 1,3 milliard d’habitants est un pays encore très pauvre. En comparaison, la Chine est richissime et surtout, beaucoup plus propre, ce qui n’est pas peu dire. 

Seuls 33 % des Indiens ont accès à de l’eau courante propre. Les bords des grandes routes sont souvent jonchés de détritus. Les villes indiennes sont parmi les plus polluées au monde. Des centaines de millions d’Indiens habitent des bidonvilles insalubres. 

Effets pervers 

La quarantaine décrétée par le gouvernement indien a eu des effets imprévus. Des millions de travailleurs saisonniers ont décidé de rentrer dans leur village natal. Mais deux jours après l’annonce de la quarantaine, les transports publics ont été suspendus.  

Avec pour résultat que des millions de personnes marchent le long des routes et des chemins de fer pour rentrer chez elles. Ces travailleurs saisonniers risquent d’être contaminés en chemin. En plus, ils vont répandre davantage le coronavirus à travers l’Inde.  

À certains endroits, comme à New Delhi, les autorités municipales ont demandé aux travailleurs de rester en ville.  

Des mesures d’aide spéciales leur sont destinées. Mais, ailleurs, des barricades ont été érigées à l’entrée des villages pour leur interdire le retour. Ils devront camper 14 jours à l’extérieur des villages avant d’avoir le droit d’y entrer.  

Du reste, les 28 États et 8 territoires de l’Inde ont aussi fermé leurs frontières. 

Les travailleurs saisonniers enragent. Ils craignent non pas de décéder de la COVID-19, mais de mourir de faim le long des routes, ou aux portes de leur village. 

Aide directe insuffisante 

Le gouvernement a promis de l’aide directe aux Indiens, en particulier aux plus pauvres. Près de 800 millions d’Indiens recevront chacun 5 kilos de riz et de l’argent.  

Mais toutes ces mesures paraissent bien insuffisantes. D’abord, étant donné le niveau élevé de corruption dans le pays, une partie de l’aide sera détournée. Ensuite, le système de santé indien est très faible. Il manque cruellement de personnel médical. À tel point que le gouvernement indien a promis en catastrophe une assurance médicale spéciale au personnel soignant.  

Devant une telle situation, le premier ministre de l’Inde, Narendra Modi, vient de demander pardon à sa population.  

Énergie du désespoir 

C’est que les mesures de mise en quarantaine font mal. Elles provoqueront peut-être davantage de morts que la COVID-19. Elles risquent surtout de se révéler inefficaces pour arrêter la pandémie.  

L’Inde n’est pas équipée pour lutter contre un virus respiratoire. La pollution de l’air effarante des grandes villes et les maladies pulmonaires qui y sont liées vont alourdir le nombre de décès causés par la COVID-19. 

C’est donc avec l’énergie du désespoir que l’Inde lutte contre le nouveau coronavirus. Dans les circonstances, il aurait peut-être mieux valu ne rien faire. 

 

Loïc Tassé, Le Journal de Montréal le 30 mars 2020.

 

(Loïc Tassé, Chroniqueur au Journal de Montréal, est chargé de cours à l’Université de Montréal)