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L’épidémie progresse et les chiffres de 7 morts et de 415 cas recensés paraissent sous-évalués.

 

A New Delhi, le 23 mars, un policier installe des barrières en application des mesures de confinement.A New Delhi, le 23 mars, un policier installe des barrières en application des mesures de confinement. ADNAN ABIDI / REUTERS

 

A son tour, l’Inde se confine pour tenter d’enrayer la propagation du coronavirus. Après une répétition générale, dimanche 22 mars, lors d’un couvre-feu national demandé par le premier ministre, Narendra Modi, dans une adresse à la nation trois jours plus tôt, la plupart des 22 États ont décidé d’imposer des mesures de confinement. Les dispositions, valables au moins jusqu’au 31 mars, ne sont pas unifiées. Certains États, comme le Jharkhand, appliquent un confinement total, d’autres un confinement partiel. Plusieurs États ont fermé leurs frontières intérieures. Les trains sont à l’arrêt dans tout le pays.

Il était temps, car, durant tout le week-end, de nombreux Indiens se sont précipités et agglutinés dans les aéroports, dans les gares, dans les stations de bus, au risque de se contaminer pour rejoindre leur village. Après des scènes de précipitation dans l’Uttar Pradesh, le premier ministre est intervenu sur Twitter : « Nous risquons notre santé en encombrant les gares et les arrêts de bus. » Il a réitéré, lundi, ses appels à suivre les consignes « sérieusement », déplorant le comportement de « ceux qui n’ont pas pris au sérieux le confinement ». 

Les Indiens ont respecté les consignes à leur façon. Alors que Narendra Modi avait demandé aux citoyens de saluer de leur balcon à 17 heures les personnels soignants en tapant sur des casseroles ou dans leurs mains, des habitants se sont regroupés dans la rue, sans aucune protection, pour fêter bruyamment l’événement. Des magasins ont même rouvert leurs portes.

Enjeu considérable

Les vols internationaux sont désormais bannis, beaucoup d’étrangers sont montés, dimanche, dans les derniers avions, mais la confusion demeure sur le maintien des vols intérieurs. Le chef du gouvernement de New Delhi, Arvind Kejriwal, a annoncé leur interdiction, avant d’être contredit par le responsable de l’aviation civile. Les avions volaient toujours dans le ciel de New Delhi, lundi. Plusieurs villes ont imposé l’article 144 du code pénal, qui interdit tout rassemblement au-delà de quatre personnes et donne à la police de larges possibilités d’arrestation.

L’enjeu pour le deuxième pays le plus peuplé de la planète, 1,3 milliard d’habitants, est considérable. Le sous-continent ne dénombre officiellement que 415 cas et 7 morts, mais ces chiffres sont totalement sous-évalués pour les spécialistes et l’épidémie progresse vite. Le pays est sous-équipé en matière d’unités de soin, de lits, d’équipement respiratoire, de tests. Il compte de nombreux bidonvilles et de sans-abri qui vivent sur le trottoir. L’eau se réduit souvent, dans les villages, à un puits commun.

Le quotidien Indian Express relate, lundi, un premier cas d’infection dans un bidonville à Bombay, très dense, où vivent 23 000 personnes côte à côte, dans des baraques de fortune et dans des conditions d’hygiène précaires. Une femme, aide-ménagère de 68 ans, a été testée positive le 18 mars. Elle travaillait chez un homme de 49 ans qui a contracté le virus aux États-Unis avant de revenir en Inde. Depuis, les autorités de santé s’efforcent de traquer les personnes avec lesquelles la patiente a été en contact pour éviter une propagation.

A New Delhi, seuls les services essentiels peuvent rester opérationnels. Les métros, taxis, magasins, bureaux, usines, restaurants, malls, lieux de culte, chantiers, salles de spectacle et de sport sont fermés. Les milliers de rickshaws jaune et vert qui roulent habituellement à travers toute la ville pour transporter les habitants sur de courtes distances ne sont plus autorisés. Seuls 25 % des bus ont été maintenus pour permettre aux personnels requis de se déplacer. Les habitants ne pourront sortir que pour se procurer de la nourriture ou des médicaments, en respectant leurs distances avec les autres habitants. Le chef du gouvernement de New Delhi a fait publier lundi à la « une » de tous les journaux les nouvelles règles de confinement. Il presse le gouvernement central d’augmenter le nombre de tests, à l’exemple de la Corée du Sud.

La capitale indienne, 20 millions d’habitants, s’est vidée au fil des jours, après la fermeture des écoles le 12 mars. D’habitude bruyante, congestionnée et polluée, la mégapole a plongé dans un calme angoissant.

 

Sophie Landrin, Le Monde.fr le 23 mars 2020.