Imprimer
Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

 

UNE PLANETE SOUS COVID. Alors que la pandémie se répand sur la planète, pays après pays, des familles autour du monde témoignent de leur quotidien, plus ou moins affecté par le coronavirus. Aujourd’hui, l’Inde

 

 

Au 20 mars : 244 cas de coronavirus confirmés, 5 morts

 

Daniel, 40 ans, expatrié français à Pondichéry, avec femme et enfant :

« Hier soir, à 20h, le Premier ministre Narendra Modi s’est adressé au pays. C’est peu dire que j’attendais cette annonce officielle. La progression fulgurante de la pandémie Covid-19 au niveau mondial et sa possible explosion en Inde me file des bouffées d’angoisse. « Restez chez vous dimanche prochain de 7h à 21h », nous dit le Premier ministre. La mesure phare prise par le gouvernement me laisse stupéfait. Parler de « couvre-feu populaire » (janata curfew) pour ce dimanche en famille me semble parfaitement dérisoire étant donnée la situation d’urgence sanitaire. Je dis cela tout en ayant bien conscience que dans un pays comme l’Inde, mettre la population en quarantaine relève du vœu pieux.

Ce réalisme n’est malheureusement pas un antidote à l’anxiété. Depuis deux semaines maintenant, la tension monte d’un cran chaque jour. Pondichéry, carte postale de la dolce vita à la française, bruisse de rumeurs, et rit jaune. Les délires de l’Hindutva (boire de l’urine de vache comme protection contre le virus), les rumeurs infondées (la viande de poulet contiendrait le Covid-19), et les mesures de prophylaxie hasardeuses (passer 15 minutes au soleil chaque jour) ne laissent augurer rien de bon.

Le petit milieu d’expatriés français, conformément aux multiples directives reçues du consulat et de partout en France, se terre. L’école française a fermé ses portes lundi dernier, les restaurants et bars ont suivi. Les magasins d’alcool ont été exemptés, business is business (nb : l’alcool est détaxé à Pondichéry, c’est un des moteurs de l’économie locale).

On ne sait plus trop si l’on peut sortir du pays. Raréfaction des vols, arrêt des lignes qui ne sont pas rentables, montée en flèche des prix des billets… On ne sait pas vraiment ce qui se passe. A l’heure où je parle, l’ambassade de France à Delhi nous a informés que toutes les connexions aériennes avec l’Inde sont bloquées pendant une semaine au moins. Mais un message de Le Drian (ministre des Affaires étrangères, ndlr) reçu il y a quelques jours s’est voulu rassurant, nous disant qu’un Français peut toujours rentrer en France. Bref, au fond on ne s’inquiète pas trop pour nous. C’est pour ce pays à la population immense et ingouvernable que l’on s’inquiète. Et l’on se prend à croire que le virus ne survivra pas au soleil. »

 

Sarah Diffalah, Le Nouvel Obs.com le 21 mars 2020.