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L’Hindutva veut s’inviter au sein des écoles chrétiennes de Mumbai


La récente proposition de la corporation municipale de Mumbai (BMC) d’introduire la "culture" hindoue au sein des écoles chrétiennes provoque indignation et opposition dans l’univers éducatif.

 

Afficher l'image De jeunes filles d'une école  chrétienne patientent à l'entrée de leur classe

 
 
Les écoles chrétiennes de Mumbai ont décidé de s'opposer à la proposition des autorités civiles du Maharashtra (sud) d'introduire l'Hindutva, autrement dit le "mode de vie hindoue", dans les écoles missionnaires de la capitale de ce vaste Etat.

C'est la BMC qui a présenté cette nouvelle proposition, mardi de la semaine dernière. Tandis que les écoles chrétiennes de l'Etat reçoivent une aide financière de la part de cette corporation, la suggestion a eu l'effet d'une bombe au sein des établissements missionnaires de la capitale économique indienne.

Sans surprise, c'est une coalition de droite hindoue surnommée "saffron combine", comprenant le Shiv Sena ainsi que le premier parti d'opposition en Inde, le Bharatiya Janata Party (BJP), qui est à la tête de la BMC. La proposition est actuellement examinée par le gouvernement Congrès de l'Etat du Maharashtra.

"[…] Beaucoup de membres de la corporation ont observé que tandis que ces écoles demandaient de l'aide à la BMC, elles ne respectaient pas les traditions hindoues. Si ces missionnaires viennent ici pour enseigner, ils devraient s'y conformer, dans la mesure où la majorité de leurs étudiants sont de cette religion […]" a déclaré Rukmini Kharatmol, président du comité d'éducation, cité dans The Times of India.  

Le secrétaire général du conseil d'éducation de l'Archidiocèse (Abe), Gregory Lobo, a pour sa part défendu que les écoles chrétiennes promouvaient le respect de toutes les croyances, et qu'il n'y avait par conséquent pas lieu de mettre l'accent sur une foi en particulier. Pour les parents et la communauté universitaire, cette volonté d'introduire en force la culture Hindutva est inconstitutionnelle et injuste. L'Abe, qui gère les 150 écoles chrétiennes à l'intérieur et autour de Mumbai, se prépare donc maintenant à porter l'affaire devant la Justice.

Les quelques mesures phares sont par exemple l'apprentissage des traditions hindoues, l'augmentation du nombre de jours fériés pour la célébration de fêtes religieuses (comme Ganpati et Diwali), ou encore la permission donnée aux étudiants de porter des vêtements en relation avec l'hindouisme, ainsi que des bracelets, des bindis et du henné.

Une autre requête du "saffron combine" est la rédaction en marathi de toutes les communications entre les écoles missionnaires et la corporation municipale de Mumbai. Si cette mesure est intéressante à relever, c'est qu'imposer dans toutes les couches de la société la langue officielle du Maharashtra a toujours été le cheval de bataille du Shiv Sena. Une campagne plutôt contradictoire lorsque l'on sait que la majorité de leurs leaders, ainsi que plusieurs du BJP, préfèrent envoyer leurs enfants étudier dans de prestigieux établissements anglais, et non pas dans des écoles marathies.

Mais les demandes ne s'arrêteront pas là ; le comité d'éducation de la municipalité du Maharashtra a annoncé qu'il écrirait bientôt au ministère de l'Education nationale pour obtenir l'autorisation de renforcer et élargir sa liste de mesures.

Les deux partis hindouistes semblent donc déterminés à s'imposer au sein d'établissements placés sous la bannière d'une religion minoritaire, qui ne devrait pas avoir droit de résidence en Inde selon eux.

 

Carmelina Bellini, Aujourd'hui l'Inde, le 2 mai 2010.