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Catégorie : Actualité du C.I.D.I.F

L’Inde tente d’améliorer le sort de ses domestiques


 

Grâce à un rapport remis le mois dernier au Bureau International du Travail, et aux efforts des ONG indiennes, New Delhi a enfin décidé de se pencher sur le sort des millions de domestiques, trop souvent exploités par leurs employeurs mais aussi les agences de placement.

 

 

Toute la journée, ils balayent le sol, préparent les repas et s'occupent des enfants. "Ils" ce sont les domestiques indiens, ces travailleurs silencieux qui dorment dans un coin de la maison et se taisent le plus souvent, de peur de perdre leur travail ou d'être battus. Illettrés, sans soutien ni alternative, ils sont l'autre visage de "l'Inde qui brille". Mais, signe des temps, de la croissance économique, des avancées sociales dans ce pays en mouvement, le gouvernement indien a décidé de se préoccuper du sort des millions de domestiques employés à travers le pays.

A travers le monde, de nombreuses pistes ont été lancées par les ONG et présentées auprès du Bureau International du Travail (BIT), à Genève, sous la forme d'un rapport intitulé "Un travail décent pour les domestiques", rendu en mars dernier. Parmi ces directives, un versement mensuel des gages, un jour de congé obligatoire par semaine sont les mesures phares proposées au BIT.
 
Du côté de New Delhi, et en attendant que ces mesures soient approuvées par le BIT, on a décidé de réguler un peu mieux ce secteur de l'économie informelle. L'Etat s'intéresse surtout de très près aux agences de placement, ces micro-entreprises qui font venir femmes et enfants des régions les plus pauvres de l'Inde-Bihar, Orissa, Jharkand-pour les faire travailler dans des familles de la classe moyenne, en échange de gages dérisoires, et en extorquant au passage des primes faramineuses aux familles.
 
Selon le Times of India, il y a près de 90 millions de domestiques en Inde, et le secteur a connu une croissance importante depuis 10 ans; tout comme l'activité des agences de placement. Celles-ci exploitent le plus souvent les familles et les domestiques. "Il y a un très grand nombre d'agences de placements qui opèrent de façon frauduleuse, mobilisent des travailleurs migrants ou des tribaux comme domestiques et ensuite régissent les conditions de travail, les gages et les contrat de placement avec la famille , moyennant commission", révélait le mois dernier un panel gouvernemental.
 
Les autorités indiennes ont donc décidé d'agir. Les agences de placements tomberont tout d'abord sous le régime du Shops and Commercial Establishments Act, 1953, un texte de loi qui permettrait un meilleur contrôle. Ensuite, les domestiques eux-mêmes pourraient bénéficier d'une sécurité sociale, le RSBY, réservées aux personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Enfin, le gouvernement devrait demander aux Etats d'inclure les domestiques dans les catégories de personnes pouvant bénéficier d'un revenu minimum garanti.
 
Ces efforts du gouvernement sont en partie le fruit du travail d'activistes, comme Shreya Battacharya, qui travaille sur ce dossier avec le mouvement Shramajivee Mahila Samity. "Ces agences poussent comme des champignons…., nous avons souligné le problème devant la Haute Cour, en mettant en avant un certain nombre de mesures à prendre, comme l'ouverture systématique d'un compte bancaire pour les domestiques, une pièce d'identité et des contrôles réguliers." Interrogée sur l'efficacité de ces réformes, Shreya demeure optimiste. "Si l'Office du travail et le gouvernement prend ses responsabilités, alors ces réformes devraient être appliquées… De toute façon les agences de placement tendent à devenir la norme dans ce secteur, il était donc grand temps de les réguler". Espérons que le temps lui donne raison.
 
Françoise Lanby, Aujourd'hui l'Inde, le 2 juin 2010.