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PHOTO RAFIQ MAQBOOL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

 

Après des années de forte croissance alimentée par les exportations et les investissements dans les infrastructures en Inde, le portrait a changé radicalement en 2019.

À bien des égards, l’Inde est considérée comme la prochaine Chine, l’économie qui dominera bientôt la planète. Le pays a fait des bonds de géant sur la route de la prospérité au cours des 30 dernières années.

L’économie indienne a récemment dépassé celles de la France et du Royaume-Uni pour occuper le 5e rang mondial au classement du produit national brut. Ce n’est qu’une question de temps avant que la population du pays, actuellement de 1,3 milliard d’habitants, dépasse celle de la Chine au premier rang mondial.

Côté démographie, le pays est en meilleure position que la Chine, qui ressentira sous peu l’impact du vieillissement de sa population. L’Inde est aussi une démocratie, la plus grande du monde, qui a libéralisé son économie et accéléré sa croissance économique.

Il n’en fallait pas plus pour attirer les grands investisseurs mondiaux, qui sont venus nombreux pour goûter à cette nouvelle cuisine indienne.

La Caisse de dépôt et placement du Québec est de ceux qui ont misé gros sur l’Inde. Depuis l’ouverture de son bureau à New Delhi, en 2016, la Caisse a multiplié les investissements dans les secteurs de l’énergie, de l’immobilier et de la finance. Au total, les investissements de la Caisse en Inde approchent maintenant les 5 milliards de dollars.

Manque d’ingrédients

L’optimisme des investisseurs étrangers est sérieusement mis à l’épreuve aujourd’hui. Après des années de forte croissance alimentée par les exportations et les investissements dans les infrastructures, le portrait a changé radicalement en 2019.

L’Inde vit actuellement son pire ralentissement économique des 10 dernières années. Le gouvernement de Narandra Modi a montré du doigt les banques, qui hésitent à prêter, et les investisseurs, qui sont devenus frileux. Dans son budget déposé fin janvier, les mesures qui devaient mettre les ingrédients manquants dans la recette ont été plutôt mal accueillies.

La situation économique se détériore, au point que les agences de notation de crédit commencent à froncer les sourcils. Le taux de croissance économique, qui était à peu près le même que celui de la Chine, ralentit depuis trois ans. Atteignant 7,5 % il y a deux ans, la croissance économique est descendue à 4,5 % l’an dernier, la plus faible depuis la crise financière de 2008.

Le niveau d’inflation semble avoir échappé complètement au contrôle de la banque centrale.

Les prix à la consommation augmentent au rythme annuel de 7,35 %, alors que l’objectif de la Reserve Bank of India est de contenir le taux d’inflation à 4 %.

Le taux de chômage dépasse les 8 %, son plus haut niveau des 40 dernières années. Chaque mois, 1 million de jeunes Indiens arrivent sur le marché du travail, rapporte l’AFP, et il faudrait une croissance économique annuelle d’au moins 8 % pour employer cette main-d’œuvre disponible. Cela peut expliquer pourquoi un grand nombre d’entre eux se laissent attirer par des offres douteuses et coûteuses de diplômes à l’autre bout du monde, comme au Canada.

La banque centrale a récemment baissé les taux d’intérêt, dans un effort pour briser le cercle vicieux dans lequel l’économie indienne semble enfermée.

C’est le marasme de l’économie indienne qui a incité le Fonds monétaire international à réviser à la baisse ses prévisions de croissance de l’économie mondiale pour 2019.

L’économie indienne peut-elle redevenir la star de l’économie mondiale ? La Caisse de dépôt semble croire que oui. Encore la semaine dernière, elle annonçait un investissement de 300 millions US (près de 400 millions CAN) dans une plateforme de financement par crédit privé en Inde, en partenariat avec le géant indien Piramal. La Caisse assume la plus grande partie de cet engagement, soit 75 %.

 

Hélène Baril, La Presse ca (Québec) le 10 février 20109