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Le gouvernement indien sous pression pour réagir aux attaques maoïstes


 

Le déraillement mortel d'un train attribué à un sabotage des maoïstes place au pied du mur le gouvernement indien déjà sous pression depuis des mois pour faire appel à l'armée dans la lutte contre les guérilleros d'extrême gauche, estiment des analystes.

 

Les autorités fédérales ont été sévèrement critiquées pour leur gestion de l'insurrection bien avant que ne déraille un train bondé vendredi non loin d'un bastion maoïste dans l'Etat du Bengale occidental (est), faisant 146 morts et plus de 200 blessés. Une série d'attaques sanglantes depuis le début de l'année a forcé le gouvernement à revoir sa stratégie de contre-attaque, le ministre de l'Intérieur P. Chidambaram ayant récemment déclaré qu'il souhaitait voir son autorité renforcée pour lutter contre la menace maoïste.

Jusqu'à présent, le gouvernement a résisté à la pression pour déployer l'armée, affirmant que la police et les paramilitaires étaient capables de déloger les insurgés de leurs bastions perdus dans la jungle. "La pierre angulaire de la démocratie indienne a été de ne pas utiliser l'armée contre son propre peuple", estime Mallika Joseph, spécialiste de la rébellion maoïste à l'Institut des études sur la paix et les conflits de New Delhi. "Mais une clameur croissante réclame une implication de l'armée et le gouvernement va être sous pression pour choisir une stratégie plus agressive", estime-t-elle. "Cela signigie que toutes les initiatives de développement social en cours pourraient être reléguées au second plan".

La rébellion, partie d'un mouvement paysan en 1967, s'est répandue dans 20 des 29 Etats, en particulier le long d'un "corridor rouge" couvrant le Jharkhand, le Bengale occidental, l'Orissa, le Bihar, le Chhattisgarh et l'Andhra Pradesh. Ces insurgés, qui seraient 10.000 à 20.000, disent lutter pour la défense des paysans et des tribus. Ils contrôlent surtout des régions rurales n'ayant pas bénéficié du développement économique de l'Inde.

Le gouvernement de centre gauche dirigé par le parti du Congrès a consacré 661 milliards de roupies (14,6 milliards de dollars) cette année au développement rural, en espérant que cela affaiblira le soutien dont bénéficient les maoïstes au sein des populations défavorisées.

Parallèlement, pour tenter de les déloger de leurs bastions, le gouvernement a lancé cet automne une vaste opération dans six Etats impliquant 56.000 membres des forces paramilitaires appuyées par la police locale.

"Il va falloir attendre que les forces militaires des maoïstes soient anéanties pour trouver une solution politique au problème", estime Basant Ponwar, directeur de l'Etablissement d'enseignement supérieur sur la guerre et le contre-terrorisme. "Pour cela, nous devons doter nos forces de sécurité de nouvelles compétences et de nouveaux équipements", estime-t-il dans un entretien par téléphone à l'AFP du Chhattisgarh, où 76 policiers ont été massacrés le mois dernier.

Le principal parti d'opposition, le BJP (droite), l'un des plus virulents dans ses critiques contre le gouvernement, a jugé que la rébellion devait désormais être traitée comme "un problème national".

Mais de nombreux observateurs estiment que donner le pouvoir à l'armée serait s'engager trop loin sur un chemin glissant : certains avancent le risque de victimes civiles dans les régions forestières où il est difficile de différencier militants et villageois. "L'armée devrait augmenter son soutien en terme d'entraînement, de logistique, mais c'est tout", considère Wilson John, du groupe de réflexion Observer Research.
 
Pratap Chakravarty, Aujourd'hui l'Inde, le 31 mai 2010.