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Police indienne, police criminelle


 

Peut on faire confiance à la police en Inde? Cette Institution des plus importantes est mise à mal par les forces de l'ordre elles-même. Viol, kidnapping, torture ou détention illégale, la liste des abus policiers en Inde est longue.

 

Vendredi 21 mai 2010, Deepanjali Bundela tombe en panne avec son copain dans les environs de Chhattarpur, dans le nord du Madhya Pradesh. Deux policiers accostent la jeune fille de 18 ans. Après lui avoir pris son téléphone, ils forcent son compagnon à s'en aller et obligent l'adolescente à se déshabiller devant eux. Apres avoir pris plusieurs photos du spectacle, ils agressent sexuellement la jeune Indienne.

Quelques jours plus tard, accompagnée de sa soeur,  Deepanjali porte plainte contre les deux officiers de police. S'en suivent plusieurs appels téléphoniques d'intimidation et des menaces pour qu'elle retire sa plainte. Mercredi 26, l'un des agresseurs accompagné de son frère se rend aux domicile de Deepanjali la menaçant de divulguer les photos de son strip tease si elle ne retire pas sa plainte. Deux jours plus tard, les deux soeurs décident de se suicider.

 
Mardi 25 mai, l'officier de police Dattatray Rathod se fait arrêter. Quelques jours plus tôt, alors que Ashok Radhekri dormait dehors avec sa femme et ses enfants. Le policier en profite pour kidnapper le petit garçon. Père de 3 filles, il est prêt à tout pour avoir un garçon.
 
2005, une adolescente de 16 ans se promène en dessous du Marine Drive flyover de Bombay, en fin d'après midi avec deux amis à elle. En chemin, ils rencontrent Sunil More. Ce dernier les enmène au cabanon qui lui sert de poste. Apres avoir demandé aux garçons de quitter les lieux, il verrouille la porte et viole la jeune fille. Des passants dans la rue qui ont entendu des cris, fracassent la porte et libèrent l'enfant avant de lyncher le policier qui échappe (miraculeusement) à la mort.
 
1990, S.P.S Rathore est Président d'un club de tennis et chef de la police de Etat d'Haryana. Ruchika Girhota, jeune fille de 14 ans joue dans ce même club de sport. Un jour, il abuse d'elle. Après les plaintes de l'adolescente, l'officier ne cesse de la harceler ainsi que ses parents. Etant donné son grade, la famille ne voit aucun recours possible. En 1993, la jeune fille se suicide. S.P.S Rathore a finalement été condamné à 18 mois de prison en début de semaine.
 
Des histoires comme celles-ci, l'Inde en compte un nombre important. La police qui est censé protéger la population et faire régner l'ordre se retrouve souvent au cœur des scandales. Les abus policiers du sous-continent sont montrés du doigt par les ONG.
 
En 1995, un rapport sur les abus policiers et les meurtres des enfants des rues met en lumière la gravité de la situation. Les jeunes de rues sont souvent victimes de détention illégale, de torture et de meurtre. Leur vulnérabilité permet aux forces de l'ordre de faire ce qu'il leur plaît. Les femmes et les personnes de basses castes et les minorité sont aussi des cible faciles. Ces dernières années, le nombre de morts en détention a dangereusement augmenté. D'après le centre asiatique pour les droits de l'homme, pour 1 037 personnes décédées en prison en 2001, il y en a 1 977 en 2008.
 
En 2009, un autre rapport de l'ONG Human Rights Watch pointe du doigt les dysfonctionnements policiers. “ L'Inde se modernise très rapidement mais la police continue à utiliser ses vieilles méthodes: abus et menaces. Il est temps que le gouvernement arrête de parler de réforme et agisse”, a déclaré Brad Adams, le directeur de Human Right Watch pour la zone Asie. “ Les policiers qui font preuve de torture et d'autres abus doivent être traités comme les criminels qu'ils sont. Il ne doit pas y avoir une loi pour les officiers et une autre pour les citoyens normaux ”, a t-il ajouté.
 
 
De la rue, au commissariat en passant par les tortures en prison, les injustices commises par les forces de l'ordre sont troublantes.  Alors que l'Inde ne compte q'un seul officier, pour 1 037 Indiens résidents, les débordements policiers défrayent la chronique. “ La plus grande démocratie du monde ne peut pas reposer sur une force de police qui se croit au dessus de la loi ”, a déclaré Adams. Un cercle vicieux pourrait prendre le pas sur ces affaires et la violence augmenter.

 

Stéphane Stag, Aujourd'hui l'Inde, le 28 mai 2010.