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Contrairement aux États-Unis et à certains pays européens, les BRICS sont prêts à confier les clefs de la 5G au géant chinois. Huawei récolte en fait les fruits d'un travail de longue haleine et profite du rapprochement politique entre la Chine et les puissances émergentes.

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Les Etats-Unis ont bloqué Huawei,  l'Europe hésite encore, mais les grands pays émergents, eux, ouvrent leurs bras au géant chinois sur la 5G. Alors qu'il traverse l'une des pires tempêtes  depuis sa naissance il y a plus de trente ans, le champion chinois des télécoms peut s'enorgueillir d'avoir reçu le soutien, ces dernières semaines, de plusieurs poids lourds de l'hémisphère Sud qui se disent prêts à lui confier les clefs du prochain standard de téléphonie mobile.

« Il faut distinguer les petits pays en développement qui, pour des raisons économiques, n'ont pas d'autres choix que de travailler avec Huawei et les grands émergents qui refusent de bloquer par principe le groupe chinois », explique François Godement, conseiller pour l'Asie à l'Institut Montaigne à Paris.

Présent dans 180 pays, Huawei a signé à ce stade une soixante de contrats 5G avec des opérateurs du monde entier. Dans les pays émergents, le groupe chinois a capitalisé sur sa présence ancienne et un long travail de lobbying. Mais le rapprochement politique entre la Chine et les puissances émergentes (Brésil, Russie, Inde, Afrique du Sud, notamment) - qui s'est traduit concrètement par le lancement par Pékin de deux nouvelles banques multilatérales - a aussi aidé.

Feu vert de l'Inde

Fin décembre, l'Inde a ainsi autorisé « tous les acteurs » du marché (dont Huawei) à participer aux premières expérimentations 5G qui doivent avoir lieu dans les prochaines semaines. Les opérateurs télécoms indiens n'ont certes pas encore acheté  les fréquences 5G nécessaires pour émettre le signal, ni choisi leurs équipementiers. Mais ce feu vert de principe a été néanmoins un vrai « ouf » de soulagement pour le groupe chinois, numéro un mondial des équipements télécoms.

L'Inde est le deuxième marché télécoms au monde (derrière la Chine) avec 1,1 milliard d'abonnés mobiles, selon le régulateur indien. « Nous remercions le gouvernement indien pour sa confiance continue en Huawei » avait d'ailleurs affirmé Jay Chen, le PDG du groupe en Inde. « L'Inde est très préoccupée par les questions de sécurité, tempère toutefois François Godement. Comme certains pays d'Europe, elle évite de prendre une position formelle et continue d'explorer les alternatives. »

Le Brésil ne veut pas de véto

Un peu plus tôt, c'est le Brésil qui, déjà, refusait d'exclure par principe Huawei de la 5G. Le nouveau président Jair Bolsonaro est pourtant réputé proche du président américain Donald Trump, pour qui  les liens supposés entre Huawei et le régime chinois justifient son interdiction du marché américain de la 5G.

Le Brésil a certes lancé un audit sur les risques de sécurité posés par la 5G, mais le pays ne veut pas entendre parler de veto. « Huawei est déjà bien implanté au Brésil. Le groupe travaille avec de nombreuses entreprises et universités, donc c'est un sujet clos », a récemment affirmé au « Financial Times » Hamilton Mourão, le vice-président du Brésil.

L'Europe, deuxième marché de Huawei

Ailleurs, les choses sont plus avancées : en Russie, Huawei a déjà signé un partenariat avec l'opérateur MTS pour lancer des réseaux 5G pilotes. De son côté, MTN, le premier opérateur du continent africain, travaille avec Huawei sur un programme d'innovation commun sur la 5G.

Mais Huawei est surtout suspendu à la décision de plusieurs pays européens, dont  l'Allemagne,le Royaume-Uni et  la France. Avec 29 % du chiffre d'affaires, la zone Europe Moyen-Orient et Afrique (EMEA) est le deuxième marché du groupe derrière la Chine. Loin devant le reste de l'Asie (11,4 %) et l'Amérique du Sud (6,6 %).

Raphaël Balenieri, Les Échos.fr le 15 janvier 2020