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Des millions de travailleurs ont protesté, mercredi, contre la politique économique du gouvernement de Narendra Modi. Malgré les tentatives de relance, la croissance demeure au ralenti dans un contexte de fortes tensions sociales.

 

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« A bas le gouvernement de Narendra Modi  ! », scandent les manifestants qui ont bravé la pluie et le froid ce 8 janvier à New Delhi. A travers tout le pays, des millions de personnes ont répondu à l'appel de dix syndicats de gauche, selon les évaluations des organisateurs. Ces derniers s'opposent à la réforme du droit du travail, aux privatisations d'entreprises publiques comme Air India ou encore à la fusion de plusieurs banques publiques. Ils réclament par ailleurs une augmentation du salaire minimum et des retraites.

Les étudiants mobilisés

Ces revendications ne sont pas nouvelles et les syndicats les font résonner depuis plusieurs années déjà aux côtés de plusieurs organisations d'agriculteurs. Mais cette fois-ci, de nombreux étudiants sont venus gonfler leurs rangs. Ces derniers sont depuis plusieurs semaines en tête de  la contestation contre la loi sur la citoyenneté votée en décembre et qui introduit pour la première fois des critères religieux pour l'obtention de la nationalité indienne. « Je manifeste contre la loi sur la citoyenneté mais je suis solidaire des travailleurs, moi-même j'appréhende le futur, je ne trouverai probablement pas de travail à la fin de mon master », craint Ishita, une étudiante de 20 ans, présente aux côtés d'employés de banques publiques, de fonctionnaires mais aussi de retraités.

Plus faible croissance en onze ans

Cette « grève générale » intervient alors que le gouvernement vient tout juste de dévoiler ses prévisions de croissance pour l'année fiscale en cours. La croissance ne devrait pas dépasser les 5 % , soit son rythme le plus faible en 11 ans, alors que le taux chômage a atteint son plus haut niveau en 45 ans. « Nous sommes extrêmement proches d'un point de basculement dans une récession majeure », a d'ailleurs jugé Abhijit Banerjee, prix Nobel d'économie , à Bombay cette semaine. Depuis plusieurs mois, le gouvernement tente pourtant de relancer l'économie : il a notamment procédé à une baisse surprise de l'impôt sur les sociétés… sans grand succès. « Les entreprises sont assises sur un paquet de liquidités et elles ne l'utilisent pas pour la bonne et simple raison qu'il n'y a pas de demande », a ainsi fait remarquer Abhijit Banerjee.

Plan de relance

Le 31 décembre, la ministre des Finances a également dévoilé  le détail du grand plan d'investissement dans les infrastructures qui figurait au programme des nationalistes hindous lors des dernières élections générales, en mai 2019. Selon cette feuille de route, 1.300 milliards d'euros seront injectés dans les infrastructures d'ici 2024 et les crédits publics devraient assurer la majorité de ces investissements. Les économistes parient sur une possible baisse des impôts des ménages lors de la présentation du Budget le mois prochain. Des propositions qui ne suffiront peut-être pas à calmer l'opinion publique chauffée à blanc par la violente répression des manifestations contre la loi sur la citoyenneté.

 

Carole Dieterich .Les Échos.fr le 8 janvier 2020.