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Dans un contexte plus que morose pour la presse birmane qui voit le nombre de publications indépendantes décroître régulièrement – le quotidien Democracy Today s’est par exemple mis en veille et a cessé de paraître à la fin de l’année 2020 – l’accès aux revenus de la publicité est devenu un enjeu crucial. Et les syndicats de journalistes se battent afin que cette lutte économique se déroule dans les conditions les plus équitables possibles, notamment vis-à-vis de la concurrence des médias d’état dont les tirages officiels, souvent plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, ne correspondent pas du tout au nombre réel de lecteurs. Cette diffusion « gonflée » attire cependant les annonceurs, pour qui passer de la publicité dans les pages de ces journaux, souvent décriés pour être plus de la communication en faveur du gouvernement et de l’armée que du journalisme, est aussi un moyen d’entretenir leur réseau relationnel, élément clef des affaires en Birmanie.

Et ces budgets publicitaires qui passent dans les médias d’états n’alimentent pas les caisses des médias privés, qui en ont pourtant bien besoin. Les différents syndicats de journalistes réclament donc à cor et à cri que les médias d’État disparaissent, ou qu’au moins l’un des grands journaux – soit The Mirror, soit The Global New Light of Myanmar – soit fermé. Aux yeux de ces syndicats, ces fermetures seraient aussi un moyen de renforcer les bonnes pratiques journalistiques et de lutter contre la propagande.

Fin décembre 2019, le ministre de l’Information U Pe Myint et son vice-ministre U Aung Hla Tun - tous deux d’anciens journalistes et d’anciens membres du Myanmar Press Council, l’organe de régulation des médias en Birmanie – ont pourtant considérablement refroidi les ardeurs des plus revendicatifs. Comme le rapporte l’un des représentants du Myanmar Journalists Network (MJN), le deuxième syndicat de journalistes du pays par son nombre d’adhérents (plus d’un millier), « le ministre et son adjoint nous ont expliqué qu’il n’était pas en leur pouvoir de décider de la fermeture de ces journaux mais qu’il appartenait au parlement de trancher. Alors seulement, si le parlement donnait son aval, le ministère de l’Information pourrait prendre des mesures de fermeture ou de réduction de la circulation ».

Les syndicats regrettent cette situation, bien conscient que ce genre de mesure n’est en aucun cas la priorité du parlement alors que 2020 est une année d’élections générales. Nous avons pourtant bien besoin d’un coup de pouce pour lutter à armes égales, affirme un autre représentant des journalistes : « Le parlement nous a exonéré des taxes commerciales mais cela est insuffisant. Le lectorat diminue et les revenus publicitaires de même, et une partie va dans ces journaux d’État dans un cadre de concurrence que nous jugeons déloyale ».

Selon les données de juillet 2019 du Myanmar Press Council, il existe 16 quotidiens en Birmanie, privés et d’État confondus, 290 magazines et 193 agences de presse. Parmi les 16 quotidiens, sept sont privés, trois sont des médias d’État, deux sont publiés par l’armée, deux sont publiés par le Comité de développement de Yangon (équivalent du conseil municipal de Yangon) et deux sont publiés par le Comité de développement de Mandalay (équivalent du conseil municipal de Mandalay).

 

Le Petit Journal.com (Birmanie) le 7 janvier 2020.