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Des manifestants brûlent une copie de l’amendement à la loi sur la nationalité le 11 décembre 2019 à New Delhi.
  PHOTO / ADNAN ABIDI / REUTERSDes manifestants brûlent une copie de l’amendement à la loi sur la nationalité le 11 décembre 2019 à
New Delhi.  PHOTO / ADNAN ABIDI / REUTERS

 

Un amendement à la loi sur la nationalité de 1955 doit être adopté ce mercredi 11 décembre. En confortant la suprématie des hindous, le texte montre de façon “hideuse” aux musulmans qu’ils sont des citoyens de second rang, s’indigne l’Indian Express.

Le projet de loi sur la citoyenneté a quelque chose de profondément inquiétant. Tout comme la façon qu’a le ministre de l’Intérieur Amit Shah de répéter sans ambages qu’il vise les musulmans. Il a si souvent affirmé qu’il allait chasser les “termites” musulmans et les déporter qu’il ne laisse guère planer le doute quant à l’objectif réel du projet de loi sur l’amendement de la citoyenneté que son gouvernement fait passer.

Rahul Gandhi [député du Parti du Congrès, principal opposant au Premier ministre Narendra Modi] et Kumari Mayawati [présidente du Bahujan Samaj Party, qui défend les droits des intouchables] ont raison de s’opposer publiquement à une loi qui prévoit de confier à de petits fonctionnaires le pouvoir de déterminer qui a le droit ou non d’être indien. La plupart des “termites” que méprise Shah sont des gens très pauvres qui ne disposent généralement pas de documents pour prouver qu’ils sont indiens. Ils vont désormais se retrouver à la merci de représentants des autorités qui, bien trop souvent, risquent d’user de cette loi comme d’un nouveau et cruel moyen d’extorsion.

Cette loi n’a rien à voir avec la partition [ayant donné naissance à l’Inde et au Pakistan en 1947]. Étant membre d’une famille de réfugiés venus du Pakistan, je peux vous dire qu’il y a longtemps déjà que l’on en a géré les “retombées”. Cette nouvelle loi n’est rien d’autre, de la part de la majorité, qu’une hideuse façon de montrer aux musulmans indiens que dans la “nouvelle Inde”, ils sont des citoyens de moindre importance que les hindous, les sikhs, les bouddhistes, les jaïnistes et les chrétiens, et qu’ils feraient mieux de s’en accommoder.

Camps de détention

Le Premier ministre reste muet sur le sujet, mais son plus proche confident, le ministre de l’Intérieur, ne ménage pas ses efforts pour nous rappeler presque quotidiennement que la citoyenneté indienne n’est plus un droit de naissance pour personne. À l’avenir, elle sera traitée comme un privilège, surtout pour les musulmans. S’ils ne peuvent pas prouver qu’ils sont indiens, ils finiront expulsés, ou enfermés dans des camps de détention.

Or, on ne peut pas dire que les “termites” sont des millions à se faufiler de notre côté de la frontière, ce qui rend cette loi sur la citoyenneté totalement superflue. Si nous étions dans une situation comparable à ce qui se passe dans le sud des États-Unis, ou à ce qui s’est passé en Europe quand la guerre de Syrie a provoqué un exode massif, cet amendement aurait peut-être vaguement un sens, même sous sa forme discriminatoire actuelle. Mais nous ne sommes pas confrontés à pareille situation.

Il fut un temps où les Bangladais déferlaient en grand nombre à notre frontière orientale, en quête de travail et d’une vie meilleure. Ils ne sont plus beaucoup à le faire car, à vrai dire, bien des indicateurs sociaux et économiques montrent aujourd’hui que dans certains secteurs, le Bangladesh devance désormais l’Inde.

Les musulmans vivent dans la terreur

Depuis le nord, nous avons eu quelques poignées d’Afghans, qui sont venus à Delhi pour fuir la guerre en Afghanistan, et nous devrions les accueillir à bras ouverts parce qu’ils fuient des djihadistes de la pire espèce. Et si des Pakistanais s’infiltrent illégalement en Inde, c’est la plupart du temps en tant que djihadistes et non en tant qu’immigrés.

Les hindous et les sikhs qui se sont réfugiés chez nous pour échapper aux persécutions sont de toute façon les bienvenus. Personne n’a jamais menacé de les renvoyer, par conséquent, quel est véritablement le but de ce nouvel amendement? Se pourrait-il qu’il n’ait d’autre vocation que d’empoisonner un peu plus l’atmosphère de crainte dans laquelle vivent déjà les musulmans d’Inde depuis que Narendra Modi est devenu Premier ministre? Ce dernier aime à répéter, de temps à autre, qu’il a foi dans le “développement pour tous”, mais il n’a presque jamais dénoncé officiellement les lynchages qui font que les musulmans vivent dans la terreur, et qui souillent l’image de démocratie libérale et laïque de l’Inde. Pas plus qu’il n’a expliqué pourquoi il considère que cet amendement à la loi sur la citoyenneté est nécessaire.

Ce qui m’inquiète le plus, à propos de cette loi, c’est qu’elle pourrait être annonciatrice de moments vraiment sombres. Bien qu’abritant la deuxième plus grande population musulmane au monde [en fait la troisième, après l’Indonésie et le Pakistan], nous n’avons donné que fort peu de guerriers saints au djihad planétaire. Mais combien de temps cela durera-t-il?

Tavleen Singh, The Indian Express

Traduction Courrier International.com le 11 décembre 2019

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Source :  THE INDIAN EXPRESS  Bombay.    indianexpress.com

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